Archives mars 2010

Pénurie d’interprètes dans les institutions internationales

Dimanche 21 mars 2010

Cette semaine, le Monde.fr a publié un article sur la difficulté pour les organisations internationales de trouver des interprètes. Personnellement, je tombe des nues en lisant que c’est en anglais que la pénurie est la plus sévère.
Il y est dit aussi que la Commission Européenne prévoit de recruter 200 à 300 interprètes de langue française dans les 10 prochaines années.
Vous pouvez lire l’article ici.
Si le sujet vous intéresse, vous pouvez aussi aller voir le site de la Direction Générale de l’interprétation de la Commission Européenne.

Traducteurs : faut-il travailler pour des agences ou des clients directs ?

Samedi 20 mars 2010

Cette question et ses réponses possibles m’accompagnent depuis que je fais ce métier. Et d’après ce que je vois et entends autour de moi, nous sommes nombreux dans ce cas.

Fondée notamment sur l’illusion que l’herbe est plus verte dans le pré d’à côté et la traduction mieux reconnue, ma propre expérience est la suivante : fournissant mes services presque exclusivement à des agences, j’ai tendance (euphémisme) à considérer le travail en direct comme le Saint Graal, le but ultime, mon Objectif avec un grand O. Au point que dans mon imaginaire, le client direct est devenu pour l’agence ce que le travail indépendant est au salariat.

Mais, pragmatique et réaliste, je me doute bien que si c’était si bien que ça, personne ne travaillerait pour des agences. Et même, je connais des traducteurs chevronnés et compétents, qui font le choix de n’avoir que peu de clients directs. Ils ont sûrement de bonnes raisons.

J’ai en gestation une série de billets sur cette vaste question, axés sur le pourquoi et le comment d’une mutation de la clientèle d’un traducteur indépendant.

Je commencerai par dresser la liste des avantages et des inconvénients des deux options, histoire de bien voir où on va. Cette liste s’inspire de mes préjugés, des affirmations et suppositions de collègues éclairés et d’idées piochées au hasard de mes pérégrinations dans la blogosphère de la traduction.

Planification

Agences :

  • Les projets s’enchaînent sans trop de périodes creuses
  • Une même agence peut vous occuper de façon assez homogène sur l’année, par exemple en vous commandant un certain volume tous les mois

Direct :

  • Les projets arrivent de façon irrégulière
  • Une entreprise n’a pas forcément besoin de faire traduire un volume régulier. Il peut s’agir d’un e-mail un jour, un appel d’offres de 20 000 mots l’année suivante…

Tarif

Agences :

  • Plutôt plancher
  • Généralement imposé par l’agence
  • Il est très difficile de sortir du « prix au mot » et de facturer, par exemple, les heures interminables passées à convertir proprement des fichiers PDF, à rétablir la mise en page d’origine après la traduction, à faire des recherches lorsque le sujet est particulièrement pointu, à résoudre les problèmes techniques posés par certains fichiers, et j’en passe…

Direct :

  • Plutôt plus élevé
  • Fixé par le traducteur (ce qui n’exclut pas une négociation)
  • Le traducteur peut faire pour chaque mission un devis tenant compte des spécificités du projet.

Traduction assistée par ordinateur

Agences :

  • Une agence peut poser comme condition pour obtenir une commande que vous disposiez d’un outil de TAO. Vous l’achetez donc (un certain prix pas négligeable). Et du coup, on vous paie moins cher les répétitions et les phrases qui se ressemblent. Et en plus, vous demande parfois de fournir votre mémoire. C’est comme si vous faisiez venir un peintre pour rafraîchir votre cage d’escalier. Vous exigez qu’il achète un échafaudage. A lui de le configurer pour qu’il prenne appui sur les marches et tienne compte du quart tournant. Ensuite, comme il a gagné du temps en utilisant cet équipement au lieu d’un simple escabeau, vous le payez moins cher. Et par-dessus le marché, vous lui demandez de vous donner le plan de l’échafaudage qu’il a réalisé pour pouvoir le refiler au prochain peintre, que vous paierez encore moins cher puisqu’il n’aura pas besoin de dessiner ce plan…

Direct :

  • Vous pouvez choisir d’utiliser ou non un outil de TAO, et de faire ou non une petite remise sur les répétitions.

Prospection

Agences :

  • Vous envoyez votre CV à une agence, parfois elle vous teste, parfois non, elle entre vos coordonnées dans sa BDD et la collaboration peut démarrer. Si des traducteurs débutants lisent ceci, comprenez que c’est un peu résumé : il est judicieux de relancer l’agence, par téléphone ou par mail, jusqu’à ce que vous appeler devienne un réflexe. Mais les agences sont toujours à la recherche de traducteurs indépendants. Ce qui n’est jamais pas forcément le cas des entreprises.

Direct :

  • Vous repérez une entreprise qui exerce dans votre spécialité, avec vos langues de travail. Vous devez accomplir un énorme travail de prospection, soigner votre présentation en fonction de l’entreprise, c’est-à-dire faire du « sur mesures ». Pas question d’envoyer le même mail à tous vos prospects. C’est le travail d’un commercial, et vous, traducteur indépendant qui passez 80% de votre temps de travail seul devant votre ordinateur, vous êtes a priori mal équipé pour ça.

Fidélisation

Agences :

  • Lorsque vous avez commencé à travailler régulièrement pour une agence, à moins d’une dispute sérieuse ou d’une augmentation de vos tarifs mal ou non négociée, voire de la faillite de l’agence, vous pouvez être relativement sûr que ça va continuer.

Direct :

  • Même si vous avez réalisé un magnifique projet pour une entreprise, pour lequel on vous a abondamment félicité, il suffit parfois qu’elle soit sollicitée par un autre indépendant ou pire, une agence de traduction, moins cher que vous ou simplement précédé par une proposition de collaboration séduisante, pour qu’elle change de crèmerie du jour au lendemain et s’en aille voir – elle aussi – si l’herbe ne serait pas plus verte chez le concurrent. Pour éviter cela, il faut penser à pérenniser la relation.



La réforme de l’orthographe

Samedi 13 mars 2010

Un ensemble de rectifications orthographiques proposées par le Conseil supérieur de la langue française ont été approuvées par l’Académie française et publiées en décembre 1990 dans les « Documents administratifs » du Journal officiel. Ces rectifications ont pour but de résoudre les problèmes graphiques importants, d’éliminer les incertitudes ou les incohérences et de permettre la formation correcte des mots nouveaux qu’appelle le développement des sciences et des techniques. Elles rendront de surcroît l’apprentissage du français plus aisé et plus sûr.

Je me fais un peu l’effet d’un vieux tromblon accroché à des habitudes rancies et réfractaire au « progrès », mais j’ai vraiment du mal avec la nouvelle orthographe. J’ai lu, en long, en large et en travers les Documents administratifs du JO. Et je veux bien admettre que pour la plupart, ces rectifications sont fondées et logiques. Mais si je les croise dans une relecture, c’est plus fort que moi, je les corrige !

Je vous fais partager, un peu pêle-mêle, quelques règles et exemples qui me défrisent particulièrement.

Les deux éléments des noms composés d’un verbe et d’un nom ou d’une préposition et d’un nom restent au singulier quand le nom composé est au singulier. Au pluriel, seul le second élément prend la marque du pluriel : un pèse-lettre, des pèse-lettres ; un abat-jour, des abat-jours.

Un pèse-lettres sert à peser des lettres, un compte-gouttes à compter des gouttes, et des abat-jour, quel que soient leur nombre, ne rabattent que LE jour ! C’est comme les perce-neige, à quoi cela rimerait-il de les écrire perce-neiges ? Pour moi, il n’y a de neiges qu’éternelles ou d’antan. Mais celle que ces mignonnes clochettes percent à la fin de l’hiver, elle est indénombrable.

- l’accent circonflexe : il ne sera plus obligatoire sur les lettres i et u, sauf dans les terminaisons verbales et dans quelques mots (exemples : qu’il fût, mûr)

(…)

Certes, le circonflexe paraît à certains inséparable de l’image visuelle de quelques mots et suscite même des investissements affectifs (mais aucun adulte, rappelons-le, ne sera tenu de renoncer à l’utiliser).

(…)

Les personnes qui ont déjà la maîtrise de l’orthographe ancienne pourront, naturellement, ne pas suivre cette nouvelle norme.

Remarques :

- cette mesure entraîne la rectification de certaines anomalies étymologiques, en établissant des régularités. On écrit désormais mu (comme déjà su, tu, vu, lu), plait (comme déjà tait, fait), piqure, surpiqure (comme déjà morsure) traine, traitre, et leurs dérivés (comme déjà gaine, haine, faine), et ambigument, assidument, congrument, continument, crument, dument, goulument, incongrument, indument, nument (comme déjà absolument, éperdument, ingénument, résolument).

Et, en vrac, les « rectifications suivantes » :

apriori et statuquo, placébo et satisfécit, sénior et véto

absout et dissout, bonhommie, boursouffler, cahutte, charriot (même Word le corrige en remettant un seul « r » !), combattif et combattivité (ridicule, non ?), douçâtre, exéma, imbécilité, nénufar et ognon (ognon, je vous jure !), crachoter, grelotement et frisotis

J’aime bien l’indulgence qu’ils manifestent à mon égard (oui, je me range très immodestement dans « les personnes qui ont déjà la maîtrise de l’orthographe ancienne », dans celles chez qui le circonflexe suscite un investissement affectif), en rappelant toutes les trois lignes que je pourrai continuer à orthographier « à l’ancienne » sans que ce soit faux.

Mais suis-je la seule à freiner des quatre sabots devant l’application de ces nouvelles règles ? Est-ce qu’elles vous gênent aussi ? Est-ce que vous les apprenez pour faire évoluer votre propre orthographe ?



Dictionnaire des cooccurrences de Termium

Jeudi 11 mars 2010

Connaissez-vous le dictionnaire des cooccurrences (2 o, 2 c, 2r) de Termium ? Depuis qu’on m’en a parlé il y a une quinzaine de jours, je le pratique de plus en plus.
Le principe est simple : vous cherchez à accompagner un terme particulier, soit parce que vous ne vous rappelez pas une formulation courante voire consacrée (une concurrence vive, une actualité brûlante, vouer une admiration, etc.).
Sur le page de recherche de Termium, dans la colonne de gauche, cliquez sur « Outils d’aide à la rédaction ». Dans la liste qui s’affiche toujours à gauche de l’écran, sélectionnez « Dictionnaire des cooccurrences ».
Ensuite, il suffit de cliquer sur l’initiale du terme à étoffer, puis de le chercher dans la liste.

Exemple, je veux traduire « major accident ». Mon cerveau tourne au ralenti ce matin, et ne me donne pas d’adjectif satisfaisant. Termium me propose une liste très fournie dans laquelle je n’ai plus qu’à faire mon choix :

accident

absurde, banal, bénin, douloureux, dramatique, dû à une erreur humaine/négligence, effroyable, épouvantable, évité de justesse, extraordinaire, funeste, futile, grave, (mal)heureux, horrible, idiot, imminent, impressionnant, imprévisible, inéluctable, inévitable, infime, insignifiant, isolé, lamentable, léger, menu, meurtrier, mineur, minime, mortel, petit, quelconque, regrettable, ridicule, sans gravité, spectaculaire, stupide, subit, suspect, terrible, tragique, triste, vulgaire.

Avoir, causer, conjurer, déplorer, détourner, engendrer, enregistrer, entraîner, envisager, éprouver, éviter, faire arriver, occasionner, prévenir, produire, provoquer, reconstituer, risquer, signaler, subir, susciter, voir un ~; échapper, parer, remédier, survivre à un ~; s’assurer contre un ~; être blessé/tué, mourir, périr dans un ~; réchapper, se ressentir, sortir indemne/sain et sauf, se tirer sans mal d’un ~; être auteur/cause/responsable/témoin/victime d’un ~; collectionner les ~s; mourir d’~. Un ~ a lieu, arrive, se produit, survient.

Malheureusement, cet outil n’est disponible qu’en français.



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