Archives mars 2010

Les tarifs de la traduction

samedi 6 mars 2010

Combien ça gagne, un traducteur ? Quel prix faut-il demander ? Difficiles questions, auxquelles j’ai toujours du mal à répondre, et je ne dois pas être la seule.

Tout le monde est d’accord pour dire qu’il ne faut pas pratiquer de tarifs trop faibles, sous peine de tirer le marché vers le bas. Mais concrètement, c’est combien, un tarif trop bas ?

Prenons le cas du tarif « agences ». Un sondage rapide et informel auprès de quelques collègues m’a appris que pour certains, il ne faut pas descendre en dessous de 0,06€ / mot source, tandis que d’autres estiment que 0,10€ est un plancher à ne surtout pas franchir. L’écart est énorme !

Alors que conseiller aux débutants, aux jeunes traducteurs qui se lancent, sans grande expérience et sans contacts, recommandations ni références ?

La SFT (Société Française des Traducteurs) organise en ce moment une enquête sur les prix pratiqués. Pour y participer, cliquez ici avant le 15 mars. En attendant les résultats de cette enquête, je vous conseille de prendre connaissance du compte-rendu de l’enquête précédente qui portait sur les tarifs de 2008. Il donne une bonne vue d’ensemble des conditions d’exercice et des honoraires des traducteurs libéraux.

De son côté, la CNET (Chambre Nationale des Entreprises de Traduction) publie aussi un Observatoire de la traduction fort intéressant. Celui qui est en lien est sorti en mars 2009, et se fonde sur les données de 2007. Attention à ne pas perdre de vue que les tarifs indiqués ici sont ceux pratiqués par les agences de traduction et non par les traducteurs. Ce qui me frappe, c’est la faible augmentation tarifaire constatée entre 2003 et 2007. L’exemple donné pour la traduction est le prix de la traduction français vers anglais qui, après avoir bien augmenté en 2005, est redescendu aussi vite pour stagner ensuite. Je suppose que depuis la tendance est restée constante ou en augmentation modérée.

Voilà les informations vers lesquelles j’oriente les « jeunes » traducteurs qui me demandent mon avis sur les prix. Je reste à l’affût de leur actualisation, l’observatoire de la CNET, en particulier, commence à dater un peu.

Connaissez-vous d’autres références pertinentes ?

Le 6 mars 2010, Patricia commentait :

« Trop souvent, les discussions sur les tarifs tournent autour….des tarifs. Et en silo, cela n’a pas beaucoup de signification.
Parler de tarifs sans mettre en face un projet détaillé c’est un peu comme aller voir un architecte pour lui demander « vous prenez combien pour me faire une maison? » ou chez un concessionnaire multi-marques pour lui dire « je veux une voiture, c’est combien? »

Et quand on parle de tarif, quelle est la mesure réelle que l’on recherche?
Si c’est une question de revenus, qu’est ce qui est plus rentable — un projet à 0,10€ le mot source effectué avec une TM bien renseignée qui permet de « sortir » 1000 mots/heure ou bien un projet
rédactionnel pour publication à 0,40€ le mot source où la TM ne sert à rien, où l’on peut produire 200 mots/heure prêts à l’emploi et pour lequel on paie un relecteur tiers?

Prenons un projet de 5000 mots:
Scénario 1: 5000 mots x 0,10 = 500€/10 heures = 50€/h
Scénario 2: 5000 mots x 0,40 = 2000 € – 500€ (relecture externe) = 1500€/ 25 heures = 60€/h
Différence de tarif écrasante au départ, qui ne l’est guère une fois que l’on met en face d’un chiffre les détails du projet et les prestations fournies. »

Ma réponse :

« Bien sûr tu as raison ! Mon propos concernait essentiellement les tarifs au mot. Avec les agences, difficile de raisonner autrement. J’arrive parfois à imposer un tarif plus élevé quand il y a des difficultés techniques particulières genre exportation d’un PDF plein de tableaux, mais c’est (trop) rare.
Et pour les travaux en direct, j’ai l’impression que chaque cas est unique et dépend vraiment du cahier des charges.
Une question me taraude : comment fais-tu pour estimer précisément le coût de la relecture externe ? Et quand tu parles de relecture, c’est simplement une relecture du document cible ou une révision de la traduction ? »

Patricia, le 7 mars :

« Pour répondre « à la question qui te taraude » :) — c’est assez simple en fait. Je connais mon tarif horaire et ceux des personnes avec qui je travaille. La relecture d’un texte finalisé s’estime à entre 800 et 1000 mots/heure (que ce soit une relecture monolingue ou bilingue, peu importe). Réviser et/ou remanier un texte (en anglais, editing) est plus chronophage et sans avoir vu le texte en question, impossible de donner une fourchette de volume horaire fiable. »

Et ma réponse :

« 1000 mots/heure me paraît peu, surtout pour une relecture monolingue, si la rédaction est de bonne qualité. Perso, quand je connais le traducteur et le sujet et si je ne prévois pas de difficultés, je prévois plutôt 2000 mots/heure… Mais comme tu dis, quand on ne sait pas à quoi s’attendre, impossible de faire une prévision sûre.
Ca me fait penser un à article sur les joies inépuisables de la relecture… »

La voix des indépendants en Europe

jeudi 4 mars 2010

Le Forum européen des professionnels indépendants lance une enquête pour mieux connaître les conditions de travail des professionnels indépendants.

Independents-forum.eu réunit des organisations nationales qui oeuvrent à promouvoir les intérêts des indépendants en Europe.

En ce qui me concerne, je suis très favorable à toute initiative visant à mieux prendre en compte les conditions de travail des indépendants…

APROTRAD était représentée à la première séance de ce nouveau forum le 25 janvier dernier.

Lien vers le site du forum

Lien vers l’enquête en français

Lien vers le communiqué d’APROTRAD

Chronique d’après-tempête

mardi 2 mars 2010

Le quotidien d’une traductrice touchée par Xynthia, assez peu pour pouvoir en sourire, mais assez fort pour être complètement désorganisée

Je vais évoquer ici d’autres sujets que la traduction, mais bizarrement, mon métier qui était le centre de toutes mes pensées jusqu’à samedi soir s’est trouvé catapulté à la grande périphérie de mes préoccupations lorsque je me suis réveillée dimanche matin sans électricité, ni chauffage, ni téléphone fixe, ni réseau mobile.

Ces quelques jours ont été riches de péripéties en tous genres. Il y a eu les aventures alimentaires : ne pouvant pas faire cuire mon pain au four, je l’ai cuit… à la poêle, avec un résultat curieux mais agréable. Le congélateur ne préservant plus les denrées fines et gastronomiques stockées, on s’est fait de bons petits repas, le plus copieux possible, n’est-ce pas, fallait pas laisser perdre…

Et puis il y a eu les découvertes : qui connaissait les lampes de poche dynamo qui font aussi radio ? Pour moins de 10€, je me suis laissée tenter. Et quelle joie d’être un peu moins coupés du monde et d’écouter France Info nous raconter à quel point on était chanceux par rapport aux pauvres gens des Charentes, une minute à tourner vigoureusement la manivelle pour écouter un quart d’heure de radio ! Ce truc est magique, son inventeur mérite une médaille ! Et qui savait que cette merveille pouvait aussi recharger un téléphone mobile ? Bon, pas moi, je ne l’ai découvert qu’en lisant la notice et bien sûr, mon téléphone n’était pas du bon modèle. De toute façon, le relais avait dû tomber ou n’être plus alimenté, mais on n’avait pas de réseau.

Il y a eu aussi des moments de pure panique : dimanche par exemple, en voyant que le courant ne revenait pas, alors que je devais livrer lundi matin un test de traduction pour un nouveau client d’une des agences avec qui je travaille. Résolu in extremis et de façon moyennement satisfaisante : une cousine rencontrée un peu par hasard m’a gentiment accueillie chez elle où j’ai pu faire un certain nombre de recherches sur Internet. Malheureusement, j’aurais eu besoin de poser quelques questions à mon client, pour mieux comprendre de quoi parlait mon document vraiment succinct. Pas possible. J’ai renvoyé le test comme une bouteille à la mer, en expliquant la situation et en pointant les termes que je n’avais pas pu valider. Problème en suspens, je vais recontacter l’agence et, si nécessaire, faire une remise sur le prix du test, par exemple s’ils ont dû le faire réviser en profondeur.
Et le moment où j’ai compris que non, la civilisation ne serait pas rétablie d’un moment à l’autre, et que j’allais devoir trouver un moyen de terminer la traduction du livre que je dois rendre lundi prochain. J’avais justement assuré à l’éditeur que je tiendrais le délai…

Et il y a eu des moments de joie sauvage : la première fois que mon portable a sonné, signifiant par là que le relais était remis en service, ou quand le téléphone fixe a sonné, indiquant que la ligne FT était elle aussi rétablie.
Et bien sûr, la seconde où une cascade de bib, blip et autres bidip nous ont annoncé le retour de la fée électricité !

Mais avant, beaucoup de moments de fourmi : faire passer le café à la main prend tellement de temps qu’une fois qu’il est prêt, il est froid ! Et compter A LA MAIN les signes (pas les mots, hein, les signes !) de mon livre à traduire, pour respecter exactement le calibrage…
Et faire des kilomètres pour trouver un endroit couvert par le réseau de mon opérateur, et téléphoner pour chercher un lieu d’accueil cumulant les qualités essentielles d’avoir une prise électrique, un réseau Wi-Fi, un espace pour un enfant qui ne peut pas aller à l’école non chauffée et de se trouver à moins de 50 km de chez moi…

Pendant que cette aventure se range doucement dans le tiroir des souvenirs, la routine va pouvoir se réinstaller.

Je prévois prochainement un billet sur les tarifs de la traduction.

Le 3 mars, Alejandro commentait :

« Bienvenue en 2010! »

Le 3 mars, Patricia commentait :

« Parfois, aussi, cela fait du bien d’être coupé du monde virtuel et de renouer avec d’autres plaisirs! Quant à la dynamo à manivelle, elle existe depuis des lustres. La mode environnementale/développement durable l’a remise au goût du jour, et c’est une bonne chose :) »

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