Bénévolat et publicité en traduction

J’aimerais lancer le débat sur la publicité des traductions bénévoles.

Attention, je veux bien distinguer le fait de se vanter d’avoir fait une action gratuitement, et celui de se prévaloir d’un travail réalisé.

Dans le premier cas, cela relève du tempérament du donateur et ce n’est pas ce point que je veux discuter.

C’est le deuxième qui m’intéresse. Ces derniers temps, j’ai entendu plusieurs fois l’argument : « un don doit être complètement désintéressé », et je m’interroge, parce que je ne suis pas sûre d’y adhérer pleinement. Je pense en particulier à une occasion où l’on m’a demandé d’effectuer des travaux de traduction bénévolement. J’ai demandé si mon nom apparaîtrait sur le document final, et mon interlocuteur m’a expliqué que cela dépendrait de la volonté de l’organisme bénéficiaire. Et il a conclu qu’il était assez étonné (traduire : « légèrement choqué ») qu’on puisse attendre un avantage d’un don.

Personnellement, si je suis amenée à effectuer des traductions bénévoles pour des organismes humanitaires, j’apprécie de pouvoir montrer ces exemples de mon travail et d’ajouter cette expérience à mes références.

J’estime qu’on ne travaille pas différemment selon qu’il s’agit d’un don ou d’une traduction achetée au prix fort. On fait les mêmes recherches, on se creuse la tête sur les mêmes difficultés, on y passe autant de temps, et le résultat a la même qualité que s’il était rémunéré.

Alors pourquoi ne pourrait-on pas retirer de ce geste une reconnaissance de professionnalisme ? Le don est-il plus noble si l’on n’en attend rien en retour ? Peut-être. Est-il plus efficace ? Pas du tout. Ce qui compte, c’est que ce service soit rendu. L’organisme qui n’a rien à débourser pour voir ses documents traduits peut consacrer ses fonds à son action d’aide. C’est ça qui est « bien ». Il ne lui en coûte rien de reconnaître la compétence du traducteur, par exemple en indiquant son nom sur le document. Encore une fois, il ne s’agit pas de mettre en avant le bénévolat mais le travail accompli.

Je trouve qu’imposer l’anonymat peut décourager nombre de dons : non seulement le fait de nommer le traducteur ne coûte rien au bénéficiaire, mais cela peut aider le traducteur à justifier d’une expérience, à afficher ses compétences et, pourquoi pas, à terme, à étoffer sa clientèle, à améliorer son revenu et à pouvoir se permettre de consacrer plus de temps à des actions bénévoles :-)

Pour résumer le fond de ma pensée, je dirais qu’à mon avis l’utilité du don réside dans le bénéfice qu’il apporte au destinataire, et le fait que le donateur puisse s’en prévaloir ne nuit aucunement au résultat.

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8 commentaires sur “Bénévolat et publicité en traduction”

  1. Françoise dit :

    Sophie,
    Bonne question et… bonne réponse;-)
    Je suis d’accord avec toi.
    Je suis « chargée des traductions » pour une association,j’en fais souvent moi-même à titre bénévole, ou bien je les fais faire et je les révise, et je trouve normal que le nom du traducteur, professionnel ou non, figure sous la traduction. Ca n’enlève rien à l’association – ça peut même lui apporter un peu si une recherche sur le nom du traducteur montre qu’il s’agit d’un professionnel reconnu – et ça « récompense » le traducteur bénévole non professionnel autant que le professionnel.
    Bien sûr, il y a des cas de travail fait à plusieurs ou le plus simple est d’indiquer « Traduction collective » ou « Traduction : nom de l’association ».
    Je ne vois pas vraiment de raison d’agir autrement, mais je sais que certaines associations préfèrent ne pas citer d’autre nom que le leur, et c’est un peu dommage.

  2. Maria Marques dit :

    Le fait que le traducteur tienne à ce que son nom figure sur la traduction est aussi un gage de qualité : il montre par là qu’il a fourni un travail dont il est fier. Les associations, au lieu de s’en offusquer, devraient encourager cette pratique !

  3. Sophie dit :

    @Françoise : d’accord avec toi, quand une traduction est un travail collectif il est compréhensible qu’on n’indique pas le nom de tous les participants. Mais sinon, comme tu dis, c’est dommage.
    @Maria : tu as tout à fait raison, je n’avais pas pensé à cet aspect, que je range avec mes arguments.

  4. Jeanne dit :

    Sophie,
    Je viens de retrouver cette page… et je suis vraiment très gênée de ne pas t’avoir citée dans mon article sur la traduction bénévole ! J’ai lu ton témoignage il y a un moment maintenant, et j’avais été marquée par tes idées, notamment toute la contre-argumentation face à « un don doit être complètement désintéressé ». Mon paragraphe sur l’importance de la reconnaissance de notre travail s’est inspiré de ton article, seulement je ne me rappelais plus où j’avais bien pu lire tout ça !
    Toutes mes excuses pour cet oubli, que je viens de réparer… J’espère que tu ne m’en veux pas !

  5. Sophie dit :

    Jeanne, bien loin d’être froissée, je suis au contraire flattée que mon argumentaire t’ait marquée à ce point !
    Ton article est personnel, il partage des idées que j’ai exposées différemment et apporte en plus des conseils que je trouve, je le redis, fort utiles :)

  6. […] doit être totalement désintéressée, mais comme le souligne si bien Sophie Dinh dans « Bénévolat et publicité en traduction », ce n’est pas parce que le bénévole retire une compensation de son action que celle-ci […]

  7. AEUN dit :

    bonjour,
    je suis à la recherche de traducteur pour une dizaine de langues depuis le français vers, l’anglais, l’allemand, l’italien, l’espagnole, l’arabe, l’iranien, l’israélien, le chinois, le japonais.
    il s’agit d’une traduction d’un travail spirituel dont les comptes rendus sont proposés au plus grand nombres gratuitement et ceci dans toutes les langues.
    le document contiens 8500 mots +/-.
    merci pour votre aide si précieuse.
    je me tiens à votre disposition
    cordialement

  8. Sophie dit :

    Bonjour,

    pour trouver des traducteurs bénévoles, je vous suggère d’essayer de passer par des plates-formes telles que Proz (http://www.proz.com/), le service de volontariat en ligne des Nations unies (https://www.onlinevolunteering.org/en/index.html) ou encore Traducteurs sans frontières (http://translatorswithoutborders.org/).

    En espérant que ces pistes pourront vous aider.

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