Archives novembre 2010

Traducteurs indépendants, comment se démarquer des agences ?

Samedi 13 novembre 2010

Dans le cadre d’un congrès il y a quelques jours, j’ai proposé mes services à une entreprise qui m’a répondu très gentiment : « Je suis désolée pour vous, mais nous travaillons avec une agence qui s’occupe de toutes nos traductions en Europe et dont nous sommes tout à fait satisfaits. Je garde votre carte, mais ne placez pas trop d’espoir dans notre société. »

Sur un autre stand, il m’a été répondu que l’entreprise travaillait déjà avec une agence, mais que si mes tarifs étaient plus intéressants on pourrait faire affaire.

J’ai la conviction que ce n’est pas sur les prix qu’il faut faire la différence. Mais alors, comment se positionner face aux agences ?

1. La spécialisation. Il en est beaucoup question dans la blogosphère : chez Ma voisine millionnaire, chez Intercultural Zone, chez la Marmite et sûrement ailleurs, je ne m’étendrai donc pas sur la spécialisation, qui est à mon avis l’un des atouts majeurs du traducteur indépendant.

2. Les délais. Sur ce point, l’agence semble mieux armée que le freelance qui n’a pas forcément la disponibilité nécessaire pour prendre en charge immédiatement le projet qu’on lui propose. Mais dans la pratique, les agences mettent souvent en avant l’argument selon lequel elles confient toutes les traductions d’un client final à la même personne, ce qui est un gage de qualité.

3. Le multilinguisme. Dans mon exemple, une même agence gère la traduction vers toutes les langues européennes requises, c’est un souci de moins pour le client final. Mais nous avons tous un réseau de collègues (ou alors, il peut être judicieux d’en construire un) auxquels nous pouvons faire appel, ce qui peut nous permettre de nous positionner comme « maître d’œuvre » et de proposer la même tranquillité d’esprit à notre client.

4. La TAO. Je vois beaucoup d’agences qui « ne paient pas les 100% » et demandent donc au traducteur de ne pas y toucher. Cela conduit souvent à des incohérences, par exemple pour la traduction des phrases courtes. Par ailleurs, l’utilisation systématique de la TAO peut nuire à la fluidité d’un texte, en interdisant une véritable « transcréation » (cf. le billet d’Intercultural Zone et ses commentaires). Le traducteur indépendant a selon moi une belle carte à jouer en utilisant les mémoires de traduction à bon escient et de façon non systématique.

Dans tous les cas, je crois que l’essentiel est de communiquer efficacement en amont avec ses prospects.

Avez-vous d’autres idées ?

Une agence de traduction à suivre

Mardi 9 novembre 2010

Cette vidéo a provoqué quelques remous sur la liste APROTRAD la semaine dernière. Je ne résiste pas au plaisir de la partager. Le sujet : un manager aux dents très longues vient de reprendre une agence de traduction orléanaise et participe à un concours de créateurs et repreneurs d’entreprise.

Vous pouvez toujours voir la vidéo en cliquant ici.

J’ai rarement entendu autant d’âneries sur ce métier en si peu de temps.
Par exemple :
« Dans le mot traduction, il y a le mot traditionnel. » Noooon ?
En réponse à un autre candidat qui lui demandait si la traduction de la langue des signes était d’actualité : « …le langage des signes a l’avantage d’être universel, donc il ne se traduit pas. Heureusement, sinon on n’aurait pas assez de bras ! Ha ha ! » Oui, ha ha. Pour ceux qui se posent la question, l’une de mes estimées collègues explique :

…il existe à la fois une langue des signes internationale (et même une langue des signes européenne née du multilinguisme suisse), en plus de la langue des signes qui peut exister dans chaque pays comme la langue des signes française (LSF), britannique (BSL), etc. Les sourds apprenant leur langue nationale à l’école, c’est cette langue qui est la plus « parlée » dans chaque pays. Le Hongrois Adam Kosa, premier eurodéputé sourd élu dernièrement, utilise donc sa langue des signes hongroise… et a besoin d’une interprète particulière…

Et le clou : en réponse à la question « Comment gérez-vous les langues un peu exotiques ? »
Il commence par « La question vaut le coup… » eh bien, la réponse vaut le coup aussi, ouvrez grand vos oreilles : « J’ai mis en place une charte de qualité très très en avant par rapport à tout le métier qui consiste à ne traduire que vers sa langue natale. »
Alors là, moi je dis BRA-VO, il fallait y penser !

Un autre passage savoureux, même s’il n’a pas grand-chose à voir avec le métier, c’est quand il expose son projet personnel « J’ai l’intention que dans 10 ans, moi, ma famille, mes potes et les équipes qui me font confiance dans mes entreprises, on soit tous à l’abri. »

Ce sympathique candidat a prévu d’être une agence de traduction majeure en France et peut-être aussi à l’étranger dans 5 ans, et d’être dans le Top 10 d’ici juin prochain. Je suis impatiente de voir ça !

Pour y parvenir, il compte sur une stratégie d’acquisitions (au rythme d’une entreprise par an) et sur des produits très innovants. Après analyse, ces produits « vraiment révolutionnaires » sur lesquels il prévoit de marger à 65-70 % sont, comme il l’explique en deux mots vers la fin de sa présentation, du conseil pour la communication à l’étranger (adaptation linguistique et culturelle) et le traitement des campagnes d’e-mailing en langue étrangère. Utiles, voire indispensables, ces services ne sont en rien « révolutionnaires ».

Bon, c’est pas le tout de rigoler, mais cette émission a quand même un côté un peu dérangeant, notamment lorsque l’on voit les autres candidats et les « experts » applaudir des deux mains cette idée force vraiment novatrice : traduire vers sa langue maternelle.
Comme je suis une personne optimiste, je me dis que si ces entrepreneurs ne connaissent pas le marché de la traduction, c’est probablement qu’ils n’ont pas besoin de nos services. Néanmoins, je médite de tenter de remédier à cette lacune en communiquant mieux sur les réalités de ce marché, par exemple à travers l’organisateur du concours, en lui signalant les faiblesses de ce projet particulier…

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