Traducteurs indépendants, comment se démarquer des agences ?

Dans le cadre d’un congrès il y a quelques jours, j’ai proposé mes services à une entreprise qui m’a répondu très gentiment : « Je suis désolée pour vous, mais nous travaillons avec une agence qui s’occupe de toutes nos traductions en Europe et dont nous sommes tout à fait satisfaits. Je garde votre carte, mais ne placez pas trop d’espoir dans notre société. »

Sur un autre stand, il m’a été répondu que l’entreprise travaillait déjà avec une agence, mais que si mes tarifs étaient plus intéressants on pourrait faire affaire.

J’ai la conviction que ce n’est pas sur les prix qu’il faut faire la différence. Mais alors, comment se positionner face aux agences ?

1. La spécialisation. Il en est beaucoup question dans la blogosphère : chez Ma voisine millionnaire, chez Intercultural Zone, chez la Marmite et sûrement ailleurs, je ne m’étendrai donc pas sur la spécialisation, qui est à mon avis l’un des atouts majeurs du traducteur indépendant.

2. Les délais. Sur ce point, l’agence semble mieux armée que le freelance qui n’a pas forcément la disponibilité nécessaire pour prendre en charge immédiatement le projet qu’on lui propose. Mais dans la pratique, les agences mettent souvent en avant l’argument selon lequel elles confient toutes les traductions d’un client final à la même personne, ce qui est un gage de qualité.

3. Le multilinguisme. Dans mon exemple, une même agence gère la traduction vers toutes les langues européennes requises, c’est un souci de moins pour le client final. Mais nous avons tous un réseau de collègues (ou alors, il peut être judicieux d’en construire un) auxquels nous pouvons faire appel, ce qui peut nous permettre de nous positionner comme « maître d’œuvre » et de proposer la même tranquillité d’esprit à notre client.

4. La TAO. Je vois beaucoup d’agences qui « ne paient pas les 100% » et demandent donc au traducteur de ne pas y toucher. Cela conduit souvent à des incohérences, par exemple pour la traduction des phrases courtes. Par ailleurs, l’utilisation systématique de la TAO peut nuire à la fluidité d’un texte, en interdisant une véritable « transcréation » (cf. le billet d’Intercultural Zone et ses commentaires). Le traducteur indépendant a selon moi une belle carte à jouer en utilisant les mémoires de traduction à bon escient et de façon non systématique.

Dans tous les cas, je crois que l’essentiel est de communiquer efficacement en amont avec ses prospects.

Avez-vous d’autres idées ?

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...

10 commentaires sur “Traducteurs indépendants, comment se démarquer des agences ?”

  1. Patricia Lane dit :

    Il faut se battre (= se positionner) sur un terrain qui nous est propre et où l’on a bonne chance de prendre et de garder la main.

    C’est-à-dire, qu’à mon humble avis, percevoir les agences comme des concurrents et d’essayer de se différencier sur la base des tarifs (déplacez la virgule, SVP), des délais (vite – bien – pas cher, on ne peut qu’en avoir 2 !) et des disponibilités (24h/24 et 7/7) n’est pas une recette gagnante.

    Les agences, à peu d’exception près, vendent les « mots au kilo » avec le choix de mode de livraison (Colissimo, UPS etc.). Ce n’est pas le modèle économique du professionnel indépendant. Cela ne laisse guère de place à l’humain, à la spécificité de l’individu, à sa passion, à sa capacité à construire une relation de confiance avec le client qui fait **toute la différence.**

    Votre prospect a un contrat avec une agence et en est content ? Soit vous passez votre chemin, soit vous prenez votre microscope :
    – Passez les traductions à la loupe, montrez que vous faites mieux
    – Pointez les divergences de style (la « voix » d’une entreprise ne doit pas être cacophonique !), qui sont inévitables quand les traductions sont faites par une multitude d’individus !
    – Renseignez-vous sur les détails de ce contrat : l’agence facture-t-elle chaque bricole (ex: aide pour vérifier un courriel)- ce qui, à la fin de l’année représente un bon budget – alors que vous ne le feriez pas, c’est l’inverse de votre démarche de service client ?

    Et ainsi de suite.

    ED, Lidl et cie sont-ils les concurrents de Fauchon, Hédiard ou Dalloyau ? Non. Tous vendent à manger, mais pas aux mêmes clients et pas pour les mêmes raisons !

    Bon appétit.

  2. Sophie dit :

    Merci pour ton point de vue qui éclaire cette question sous un nouvel angle. Je persiste cependant à penser qu’on peut voir des agences comme des concurrents, dans certains cas. Et que beaucoup d’agences ne traduisent pas seulement les mots au kilo. Peut-être n’ai-je pas encore suffisamment d’expérience pour avoir une vision objective.
    En tout cas, je vais appliquer ton conseil : décortiquer les traductions existantes et pointer les différences de style. A suivre…

  3. Arnaud Alacir dit :

    Bonjour à tous et toutes,

    je vais encore me faire allumer, mais, je vous assure que dans mon agence (et ce que je dis est vérifiable) il m’est arrivé de mettre en relation un client et un de nos traducteurs (indépendant) pour qu’ils traitent ensemble directement dans le cadre d’une prestation plus spécifique.
    je ne perds pas mon clent et ce type de conseil et de mise en relation « gratuite » car je ne prends rien (manquerai plus que ça !) fait de nous une agence ! Ca c’est mon point de vue !
    Pour réagir à ce qui est dit plus haut, je ne crois pas que nous soyons en concurrence dans la plupart des cas et pour reprendre l’image de la gastronomie, je dirais que dans la même semaine je mange au restaurant et chez Mc Do en fonction de mes besoins. Mais mon restaurant habituel ne voit pas Mc Do comme un concurrent.
    Nous devons évoluer en tant que partenaires !
    A bientôt,
    Cordialement,
    Arnaud (Dynacom)
    PS : arretez de m’appeler « Mr Alacir », Arnaud suffit amplement ! :-)

  4. Patricia Lane dit :

    Arnaud, (puisque vous nous invitez à vous appeler par votre prénom)

    Ce qui suit est exprimé avec une pointe d’humour un chouia « asticotante ».

    Vous dites : … »ce type de conseil et de mise en relation « gratuite » car je ne prends rien (manqueraiT plus que ça !) fait de nous une agence ! »

    Mais la marge sur le projet, vous l’avez déjà prise ! En fait, les agences (rares) qui mettent en relation directe les traducteurs et les clients ont tout à y gagn€r (sic):

    1. Gain de temps : plus de soucis à transférer les questions de l’un et les réponses de l’autre.

    2. Maîtrise du risque : les communications filtrées sont à risque d’erreur, de mauvaise interprétation, ou d’omission.

    3. Amélioration de la qualité par ce contact direct qui permet de lever les zones d’ombre.

    Dans votre interview (qui risque de vous coller aux baskets pendant un moment :) ), vous dites être « des millions, les traducteurs étant des freelances qui ne sont pas en France. » (Reality check: In what zipcode do I live?? Sophie, Sara, Vincent, et tous les autres, vous êtes où ?)

    Sans nous donner les détails du prix au client et des honoraires réglés aux prestataires, et puisque vous discutez avec nous à coeur ouvert et bâtons rompus, Arnaud, quel est votre coeff multiplicateur sur un projet type ?

    Et pour rajouter une réponse à Sophie, agences et professionnels indépendants ne peuvent être concurrents pour une raison fondamentale : les modèles économiques sont radicalement différents.
    Une agence ne produit pas, mais joue l’interface entre une offre et une demande – tout comme une agence d’interim. L’agence dispose d’un fort effet de levier au pro rata du volume vendu. Le traducteur, en revanche, vend une prestation de services qu’il ne peut produire qu’au pro rata du temps passé. Il n’y a donc aucun effet de levier.

    Privilégier le prix comme critère principal dans l’achat d’une traduction engendre l’illusion que la traduction est un produit standardisé et les traducteurs interchangeables.

  5. Sara dit :

    Tout à fait d’accord avec Patricia. Dans certains cas (j’ai eu des mauvaises expériences avec des grosses entreprises plutôt industrielles) on est face à une politique d’achats qui vise à réduire le nombre de fournisseurs et à tout négocier en fonction du prix d’abord…(peu importe si les donneurs d’ordre en interne sont satisfaits des prestations). Vaut mieux effectivement passer notre chemin et trouver d’autres typologies de clients. Chez nous, les grosses PME, les agences de com’, et dans certains cas des grands groupes (mais où les donneurs d’ordre conservent une certaine liberté dans leurs achats) sont nos meilleurs clients.

    Notre force c’est le relationnel, la spécialisation, et la réactivité (souvent mes clients me téléphonent juste pour une dernière petite correction ou la confirmation qu’une modif est « OK » en anglais…services que je rends en temps réel et sans les facturer).

    Pour l’instant je persiste à penser que les agences ne sont pas véritablement nos concurrents…mais combien de traducteurs indépendants croient réellement que les agences sont nos partenaires? Je ne considère pas un intermédiaire qui me propose des projets avec des budgets tout ficelés pour ensuite m’imposer « son » tarif sans me permettre de participer au brief (font-ils un brief ? J’en doute !)comme un partenaire, mais comme une sorte de courtier…et je n’ai pas besoin d’un courtier pour vendre mes prestations, j’y arrive très bien toute seule, merci !

  6. Arnaud dit :

    Bonsoir à tous et toutes,

    Vous allez encore rire de moi (si, si, je commence à vous connaitre) mais lorsque je mets en relation un traducteur et un client je ne prends vraiment rien. Je m’explique : d’une part je renforce ma position vis à vis de mes deux interlocuteurs et d’autre part si je dis « client » c’est qu’il l’est déjà. Donc je n’ai pas à m’inquiéter de le perdre. Ensuite, cela n’arrive pas tous les jours et j’y gagne parfois un petit resto avec mon traducteur (je parle de ceux qui ne sont pas au bout du monde, bien sur !)
    Coté marges, je tourne à 30-35 points maxi et si l’agence fait mieux en termes de résultat c’est grâce aux nouveaux produits et là vu que vous m’avez bien chauffé là dessus ces jours-ci, il est hors de question que je vous dévoile ici ces nouvelles parts de marché.
    Tout ce que je peux vous dire c’est que ce n’est pas au détriment des traducteurs (qui sont super contents de bosser sur « ça ») ni des clients (car pour le moment ces produits ne dépendent pas des achats mais des projets spéciaux avec leur propre ligne budgétaire) ni au détriment du prix car nous vendons en moyenne le mot bien au dessus des tarifs habituels (la prise de risque, ça se paye !) Et là, avec ce type d’info, je comprends que cela « énerve » quelques uns qui sont aussi en agence et qui aimeraient faire de même. Pour vous mettre dans la confidence, maintenant que nous devenons intimes, même mon équipe m’a critiquée au début lors de l’annonce de mes intentions. Depuis j’ai gagné une considération et un respect en tant que manager et développeur. Eux savent traduire, et sont de vrais gens de métier, et moi bien que je parle l’anglais et l’allemand, je ne suis pas au niveau d’un mec qui sort de l’école !
    A chacun son métier ! Et sans en remettre une couche sur les sujets qui fâchent, je dis que le discours « Creador » est destiné aux prospects et non aux gens de métier. Regardez la première minute de mon intervention (je sais, c’est douloureux :-) )et vous observerez que j’ai un papier sous les yeux et que tout ce que je dis est écrit et pensé à l’avance. Bref, don’t act !
    Encore une fois, je suis toujours dispo au téléphone pour celui ou celle qui veux discuter avec moi (en plus vous savez où me trouver).
    Et, dernier mot, si je fais parfois quelques « fôtes » involontaires c’est parce qu’il m’arrive de répondre via mon Iphone et que donc je suis sous l’influence de son dictionnaire expérimental.
    A bientôt,
    Arnaud.

  7. Sophie dit :

    @Patricia et Arnaud : il me semble que les agences et les traducteurs sont concurrents de facto dans la mesure où nos clients et nos projets se recoupent. Patricia, ce que tu dis des modèles économiques différents est vrai, mais malgré tout, l’agence qui fait l’interface vend la production du traducteur comme si c’était la sienne, et j’y vois un chevauchement de compétences.
    @Sara : personnellement, je ne vois pas non plus les agences comme des partenaires, mais j’apprécie la souplesse et la sécurité que ces intermédiaires peuvent m’apporter.

  8. Sara dit :

    @Sophie, je dirais que c’est **l’illusion** de souplesse et de sécurité qui plaît à beaucoup de traducteurs. Une agence n’offre aucune sécurité (les discours sur le partenariat et les relations durables…on a tous vécu le décalage entre ce discours et ce qui se passe réellement entre une agence et ses traducteurs, n’est-ce pas?). Nous n’avons aucune visibilité sur leur business. S’ils perdent un gros client, par exemple, le sous-traitant va en ressentir les effets…et il n’aura rien vu venir ! Et on a vu la tendance des grosses agences qui imposent une réduction unilatéralement à tous leurs traducteurs…ce n’est pas ce que j’appellerais la sécurité.

    Une forme de sécurité et de souplesse qui me plaît mieux c’est de facturer 30 centimes au lieu de 10, de gagner 700 eur la journée au lieu de 250 (une rémunération juste pour la valeur apportée, quoi), de choisir mes projets, pouvoir dire non sans trop de crainte pour mon solde en banque, de traiter en direct avec les clients pour évaluer le risque, négocier les tarifs et les conditions de travail…

  9. […] deuxième : Comment se démarquer des agences de traduction aborde le positionnement et soulève des questions essentielles pour nous, traducteurs […]

  10. Sophie dit :

    @Sara : je maintiens que je trouve une forme de sécurité et de confort dans le fait de recevoir un flux de traductions à peu près ininterrompu, de la part d’agences avec qui j’entretiens une véritable relation.
    Je crois qu’on peut construire une relation saine avec un client agence, même si ce n’est pas sur les mêmes bases qu’avec un client direct. Je parle d’un véritable échange, entre personnes. Rien à voir avec la tentative de Lionbridge…

Répondre