Conseils à l’usage des traducteurs débutants

Je voudrais aborder un thème qui me tient à cœur, à savoir la non-préparation des jeunes traducteurs.

Au fil des années, j’ai personnellement constaté des erreurs récurrentes chez plusieurs personnes, ayant suivi ou non des études de traduction, ayant eu ou non une expérience professionnelle antérieure, et cela me donne envie aujourd’hui d’entamer une liste de conseils pour ne pas se casser le nez bêtement avant même d’avoir pris pied sur le marché de la traduction pro.

  1. Traduisez vers votre langue maternelle. Je croyais que toute personne qui s’intéresse, même de loin, à la traduction, connaissait ce principe fondamental. Mais dernièrement, plusieurs étudiants de M2 (potentiellement traducteurs pros dans 6 mois donc) m’ont fait la surprise de chercher un stage de traduction depuis et vers toutes leurs langues de travail, même celles qu’ils avaient « simplement » apprises à l’école. Rappelons-le : sauf cas exceptionnels, on ne traduit que vers sa langue maternelle, c’est une condition sine qua non de qualité.
  2. Soignez votre annonce téléphonique. Je suis tombée un jour sur la messagerie d’une étudiante qui m’avait sollicitée pour faire un stage : là aussi, surprise, c’est J.-M. Bigard qui m’a répondu, m’expliquant avec la courtoisie et le raffinement qu’on lui connaît que mon interlocutrice n’était pas disponible. Ambiance.
  3. Soignez votre adresse e-mail. lapetitenanadu74@hotmail.fr, ça ne fait pas sérieux ! Pas plus que patouetdidi@gmail.com. D’une manière générale, un hébergeur gratuit n’est pas recommandé. L’idéal est d’acheter votre nom de domaine, ça ne coûte pas une fortune et ça donne à votre adresse un air tout à fait professionnel.
  4. Soignez votre travail. Ça à l’air idiot, comme conseil, mais j’ai été amenée à plusieurs reprises à relire des traductions qui étaient tout sauf pro : fautes d’orthographe et de grammaire, ponctuation fantaisiste, absence d’homogénéité dans la terminologie employée… Passez le correcteur orthographique pour les fautes de frappe, mais cela ne suffit pas ! Lisez votre traduction à haute voix, en écoutant comment elle « sonne ». Ce n’est pas parce que vous serez relu que vous pouvez laisser des coquilles : le travail que vous rendez doit être parfait à vos yeux, sans la moindre approximation. Parce que même ainsi, il restera des corrections et améliorations possibles pour le relecteur.
  5. Ne laissez aucune question sans réponse. Quelle que soit notre expérience, on rencontre toujours une tournure, une formulation, une phrase qui reste hermétique dans un texte à traduire. Traduire mot à mot en restant le plus vague possible n’est pas une solution acceptable. Vous devez toujours comprendre de quoi vous parlez et pour cela, éliminer toutes les zones d’ombre. Posez des questions sur des forums d’entraide, lisez de la documentation sur le sujet, prenez du recul par rapport au texte et en dernier ressort, interrogez votre client.
  6. Respectez les délais. Commencez par bien estimer le temps qu’il vous faudra pour effectuer la traduction. Lisez le document source. Évaluez le temps de recherche nécessaire. Si votre client vous fournit 4 glossaires différents, prévoyez le temps de chercher la terminologie dans chacun, et de recouper les résultats. Lorsque vous acceptez ou fixez un délai, assurez-vous que vous pourrez l’honorer sans devoir réduire le temps de recherche ou d’auto-relecture.
  7. Respectez les consignes. Si votre client s’est donné la peine de préparer un guide de style ou une liste de consignes, c’est que pour lui, la qualité passe par là. N’oubliez pas que vous travaillez pour lui.

Pour résumer : soyez professionnels et rigoureux. Ne perdez pas de vue que vos clients sont des consommateurs qui achètent une prestation de service. Ils veulent en avoir pour leur argent, et s’ils ne sont pas satisfaits, ils ne reviendront pas, c’est aussi simple que cela.

Traducteurs débutants ou chevronnés, vos conseils sont les bienvenus pour étoffer cette liste. Faites-nous part de votre expérience !

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8 commentaires sur “Conseils à l’usage des traducteurs débutants”

  1. Hélène Piantone dit :

    Bonjour Sophie,

    Il n’est pas aisé d’estimer le délai nécessaire à la traduction d’un texte quand on débute. Il est sans doute utile de conseiller aux débutants de s’y mettre dès la réception du document.

    J’abonde dans ton sens quand tu recommandes de prendre du recul par rapport au texte. La révision que je viens de terminer était truffée de répétitions pratiquement à chaque phrase et le traducteur ne s’est pas aperçu que les paragraphes de la fin avaient déjà été traduits plus haut.

    Hélène

  2. Patricia Lane dit :

    Tu fais bien, Sophie, de rappeler les bases afin de bien démarrer dans le métier.

    Deux autres conseils, aussi utiles aux débutants qu’aux « anciens » —

    1. Qualité du rendu: Toujours relire son texte à haute voix. Cela permet d’entendre ce qui ne marche pas très bien et que l’on peine à constater en relisant dans le silence, la tête pleine du texte que l’on vient de travailler.

    2. Qualité relationelle: Ne jamais laisser un mail sans réponse, même si ce n’est que pour dire « merci, bien reçu. » Perso, quand j’envoie qq chose et que j’ai ni accusé réception ni retour, je suis mal à l’aise!

  3. Sophie dit :

    Hélène : tu as raison, il est souvent difficile d’évaluer précisément le temps nécessaire pour une traduction, surtout quand on débute. Raison de plus pour ne pas se précipiter pour accepter ou proposer un délai.

    Patricia : absolument d’accord avec toi, répondre systématiquement à tous les messages doit être un réflexe.

  4. Très bon billet !
    J’ajouterais : Sachez dire non si vous ne vous sentez pas compétent, par exemple dans un domaine hyper-spécialisé dans lequel vous n’avez aucune connaissance, même de base (hors documentaires de vulgarisation, je ne touche jamais aux domaines médical et pharmaceutique, personnellement !). C’est plutôt un gage de sérieux vis-à-vis du client… Mieux vaut une traduction refusée et une réputation professionnelle intacte, qu’une galère sans nom pour un résultat médiocre qui vous desservira.

    My two cents.

  5. Sophie dit :

    Merci Les Piles, bien d’accord aussi, le client apprécie : dernièrement, j’ai décliné une grosse traduction juridique très pointue, expliquant que je n’étais pas compétente dans ce domaine, et mon client m’a remerciée pour mon honnêteté.
    Dans un cas comme ça, le client peut aussi apprécier qu’on lui recommande un collègue spécialisé. On l’aide ainsi à résoudre son problème.

  6. Hyacinthe Kemp dit :

    Merci Sophie pour ton billet.

    Juste une chose à laquelle je pense. Il est essentiel de bien se mettre d’accord avec le client sur le format du document final. Ca semble évident et pourtant quelquefois dans l’urgence on passe à côté de détails qui peuvent coûter du temps non comptabilisé dans le devis initial et on peut s’en mordre les doigts…

  7. Arnaud dit :

    A mon sens, mais je sais que je suis sensé me sentir seul ici, un bon moyen pour débuter est de travailler pour une agence … mais pas que !
    Pour ma part, laissez moi finir, nous avons sur ce premier semestre mis en relation 8 fois un client et un traducteur (3 fois pour de l’interprétariat) et même aidé un traducteur, qui m’a demandé conseil, à se mettre à son compte (là, « keep your secret, secret » je ne vous donne pas de nom !)
    Voilà, et bien moi je trouve que pour une méchante agence, c’est pas si mal.
    Sophie, vous êtes toujours la bienvenue ! (les autres aussi !)

  8. Thomas dit :

    Je pense qu´une agence de traduction est le moyen le plus évident de commencer une carrière professionnelle. En effet sans des référence solide et un bon carnet d´adresse, ça peut être dur.
    Avoir un site internet peut aussi aider à gagner en visibilité.
    En tout cas, merci Sophie de rappeler ces précieux conseils.

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