Gérer son temps : pas de secret, ma solution

Quand on est travailleur indépendant, iPro, il est primordial de savoir gérer son temps. D’être capable de bien dissocier sa vie de famille de sa vie professionnelle. Mon expérience personnelle m’amène, surprise, à constater qu’il n’y a pas de recette miracle, de modèle à suivre. L’important est vraiment de choisir la solution qui VOUS convient à l’instant t. Quitte à la faire évoluer.

Depuis 15 ans, je travaille chez moi, comme d’innombrables traducteurs indépendants. Il m’a suffi d’un peu de discipline pour m’astreindre à me mettre au travail et respecter les délais convenus avec mes clients même pendant les vacances scolaires, même les soirs où il y avait match à la télé, même lorsque ma famille venait en vacances dans la maison voisine. J’aimais énormément cette flexibilité, la satisfaction de pouvoir attaquer le travail à 5h pour profiter de mon après-midi, la possibilité d’aller chercher à l’improviste un enfant malade ou finissant plus tôt que prévu à l’école ou au collège, en récupérant le temps perdu plus tard, le soir ou le lendemain à l’aube. Et faire les courses en heures creuses… C’était MA solution idéale. Celle qui m’a permis de gagner et de conserver la confiance de mes clients tout en profitant d’une vie de famille d’une grande richesse.

Et puis… 15 ans ont passé, les enfants ont grandi, j’ai changé… et cette solution ne me satisfait plus. Ceux qui connaissent ma maison (270 m²) s’étrangleront peut-être, mais j’en ai assez de passer tout mon temps ici, de ne voir d’autres professionnels qu’exceptionnellement, à l’AG de l’Aprotrad, aux formations, sur les salons et les congrès auxquels je me rends deux à trois fois par an… J’ai donc décidé de louer un bureau à l’extérieur. Pour certains de mes interlocuteurs, c’est un pari hasardeux. Mais je crois à ce projet. J’ai l’intime conviction que séparer géographiquement ma vie professionnelle de ma vie privée va me permettre d’améliorer ma productivité et ma rentabilité au travail d’un côté, et de mieux profiter de mes proches (et de ma maison) de l’autre.

Après plusieurs visites, j’ai trouvé le bureau de mes rêves, celui qui satisfait le plus grand nombre des besoins que j’avais pris soin d’énumérer : sécurité (physique et informatique), prix abordable, espace disponible, distance de mon domicile, proximité du centre-ville, convivialité, tranquillité…

Dans les cartons, je continue de faire des listes de « pour » et de « contre ».

Les « pour » : tout ce que je vais gagner

Au travail

  • Je serai au bureau pour travailler, de telle heure à telle heure. Pas question d’aller mettre en route une lessive, tailler un rosier ou préparer un repas pendant la journée. Forcément, je vais gagner du temps. Parce que si chacune des opérations « parasite » ne prend que 10 minutes, la perte de concentration qui les accompagne dure bien plus que ça.
  • Fini de culpabiliser parce que j’ai accepté une traduction urgente alors que j’avais juré que je m’attaquerais au repassage en retard. Je suis au bureau pour travailler, point.
  • Mes voisins de bureau seront des professionnels, des hommes et des femmes qui travaillent, pas des voisines qui ont le temps de venir papoter en prenant un café. Les pauses seront clairement limitées par les obligations des uns et des autres.
  • J’aurai des conversations « pro ». J’ai connu ce syndrome que vous reconnaîtrez peut-être, des mères de famille en fin de congé de maternité qui n’en peuvent plus de n’entendre parler que de couches et de biberons. J’ai envie de discuter de rentabilité, de courbes de croissance, de TVA à poster… Je fantasme sur Caméra Café, c’est vous dire !
  • Je pourrai prendre des stagiaires, transmettre, accompagner, informer, faire découvrir et apprécier ce métier que j’adore…

À la maison

  • Avant de partir le matin, une fois de retour le soir, le week-end, je serai pleinement là (je ne vous cache pas que mes proches sont très demandeurs de cette nouvelle disponibilité).
  • Fini de culpabiliser parce que je m’attaque à la pile de repassage au lieu d’accepter une traduction urgente. Je serai à la maison, point.
  • J’aurai enfin le temps de tailler mes rosiers.
  • Je pourrai aussi prendre des engagements, accepter et lancer des invitations sans états d’âmes ni scrupules : je serai à la maison pour profiter de ma vie pas pour travailler !
  • Je serai plus disponible, pour moi-même et pour les autres. Je crois que ça n’a pas de prix.

Les « contre » : ce à quoi je ne sais pas si je vais m’habituer

  • Le matin, mon premier geste ne sera plus d’allumer l’ordinateur pour me réveiller doucement entre ma tasse de café, les dernières nouvelles de mes clients outre-Atlantique et le tour des blogs. Que vais-je faire à la place ? (J’ai déjà pensé à me lever plus tard, acheter un ordinateur portable…)
  • J’aime bien commencer la journée par un petit travail de moins d’une heure, petite relecture, déclaration de TVA, fin d’une traduction que j’ai abandonnée la veille… Dans mon planning interne, c’est du temps que je ne compte pas. Je vais devoir m’organiser autrement et affecter réellement ces petites tâches. Y parviendrai-je ?
  • Plus question de traîner en pyjama jusqu’à 10 heures.
  • Plus de sieste au soleil dans mon transat.
  • Impossible de me changer 3 fois dans la journée, selon la météo.
  • Si je pars avec des escarpins qui m’écorchent les pieds au bout d’un quart d’heure, je les garderai jusqu’au soir.

Clairement, les « contre » sont moins nombreux que les « pour », et relativement faciles à résoudre. Heureusement, d’ailleurs.

Ma conclusion est donc la suivante : pour bien gérer son temps (et son espace de travail), il est essentiel de trouver la solution qui s’adapte à vos besoins. N’hésitez pas à vous écouter : on travaille tellement mieux quand on se sent bien !

Et vous, quelle(s) solution(s) avez-vous choisie(s) ?

 

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16 commentaires sur “Gérer son temps : pas de secret, ma solution”

  1. Super! Tu vas voir tu vas très rapidement t’habituer (sauf peut-être pour les escarpins mais tu peux toujours glisser une paire de ballerines dans ton sac ;-)
    J’ai également choisi la même option que toi depuis presque un an et cela a été l’une des clés du succès en ce qui me concerne!
    Et les lessives attendent :-)
    Bonne installation!

  2. Sophie dit :

    Merci Lucile ! Je prends bonne note de ton idée de ballerines (tu crois que je peux les passer en frais pro ?)
    Ton expérience, dont tu m’as parlé un peu, m’a confortée dans ma décision.

  3. Anne dit :

    Bonjour,

    je suis étonnée dans vos contre de ne pas y trouver les frais de location du bureau. Je n’ai pas autant d’expérience que vous dans la traduction, mais, pour ma part, il me serait impossible financièrement aujourd’hui de louer un local…
    En tout cas, je comprends vos envies et me retrouve beaucoup dans tout ce que vous dites. Ce qui me pèse le plus, c’est le comportement de mon entourage qui pense que, puisque je suis à la maison, je suis disponible…

    Bon courage pour cette nouvelle étape de votre vie professionnelle.

  4. Sophie dit :

    Merci Anne pour votre témoignage et vos encouragements. Les prix des bureaux que j’ai visités s’échelonnaient entre 210 et 400 €, charges comprises et hors TVA. J’ai choisi le moins cher (mais ce n’était pas le seul facteur de ma décision).

    D’une part, j’enregistrerai ces frais en charges professionnelles qui vont réduire mon bénéfice et, par voie de conséquence, mes cotisations sociales, et d’autre part, je considère cette dépense comme un investissement qui va m’aider à pérenniser la croissance de mon activité, et donc, s’auto-financer…

    J’ai aussi pris soin de ne pas m’engager sur une trop longue durée (6 mois pour commencer).

    Lorsque l’on débute (ou qu’on aime ça), il y a la solution de l’espace de travail partagé (le fameux co-working), souvent moins coûteuse, qui offre cette « liberté » d’aller travailler « au bureau ».

    En tout cas, bon courage à vous pour faire entendre à votre entourage que ce n’est pas parce que vous êtes là que vous êtes disponible. C’est un travail de longue haleine…

  5. Les piles dit :

    Vraiment passionnant, ce billet. C’est une bonne chose de mettre noir sur blanc les pour et les contre de cette nouvelle organisation, j’espère qu’elle t’apportera ce que tu en attends (mais tu nous raconteras, hein ?). J’ajoute que j’ai eu le même réflexe qu’Anne : le prix de location d’un bureau peut être un gros obstacle (à Paris, au hasard) et on n’est pas toujours prêt à aller travailler dans un bureau partagé (je ne pourrais pas renoncer à une pièce « rien qu’à moi », personnellement). Food for thought dans l’éventualité pas si folle où je retournerais à la traduction free-lance, en tout cas :-)

  6. Sophie dit :

    C’est vrai qu’à Paris, le loyer aurait sûrement été un obstacle plus sérieux. Mais d’un autre côté, je n’aurais peut-être pas eu le choix dès le départ, faute de place à la maison… Et je connais au moins une traductrice parisienne qui loue un bureau et s’en sort plutôt bien. Donc c’est possible:-)
    L’open space partagé m’a tentée au début de ma recherche, mais je ne suis pas sûre qu’à long terme ça me conviendrait, ni que mes voisins supporteraient d’écouter du heavy metal… Du coup, j’aurai une pièce « bien à moi », mais il y aura quand même des gens autour, que je croiserai autour de la cafetière notamment.
    Et oui, je vous raconterai !

    « …l’éventualité pas si folle… » ? Coco, on tient un scoop, là ! Tu vas me faire le plaisir de t’abonner au blog des Piles et à son compte Twitter, tu ne la quittes pas d’une semelle, je veux l’info en exclu !
    « Oui, Patron, c’est fait… »
    « Bien. Affaire à suivre. »

  7. langagerie dit :

    Dix-neuf ans d’activité au compteur, dont neuf passés à l’extérieur et je ne reviendrai à la maison pour rien au monde ! Même si ça me permettait d’économiser le prix du loyer (env. 400 eur à Paris, ça peut être beaucoup moins en coworking). Ce que je partage avec mes colocs est précieux et est devenu indispensable alors même que nous ne faisons pas le même métier. Ne plus recevoir de clients chez soi, pouvoir organiser une formation dans ses locaux, le simple fait « d’être » au bureau, que des avantages.

  8. Jeanne dit :

    Je pense que tu as parfaitement résumé : le plus important, c’est de se sentir bien ! Et d’accepter que les contraintes et nos envies changent avec le temps : ce qui nous convient à un moment donné ne sera peut-être plus la meilleure solution dans quelques années, rien n’est gravé dans le marbre !
    Personnellement j’adore la liberté et la flexibilité de travailler chez moi… ou ailleurs ! Je teste depuis une semaine le travail en mode « nomade », quelques jours à Paris, quelques jours à Rome… pour profiter (aussi) d’aller rendre visite à des gens que j’aime et changer de cadre. C’est une envie que j’avais depuis longtemps, et je profite d’avoir quitté mon travail salarié pour tenter l’expérience !
    Comme tu le dis, chaque solution a ses avantages et ses inconvénients !

  9. Sophie dit :

    @langagerie : Merci ton commentaire et ton lien, Sandrine ! Je pensais qu’un bureau à Paris coûtait plus cher que ça. Avec l’explosion du télétravail et des statuts indépendants, il semble que les espaces de travail partagé poussent bien :-)

    @Jeanne : Merci pour ton témoignage intéressant. Personnellement, j’ai de plus en plus de mal à rester connectée au travail quand je suis en déplacement. Signe qu’il est vraiment temps pour moi de changer de modèle.Profite bien de ta liberté de voyager !

  10. Jean Paul Vincent dit :

    Lu avec plaisir. Merci. Et un petit sentiment de culpabilité face aux 3 600 mots qui m’attendent aujourd’hui. En me disant aussi que c’est quand même bien de pouvoir glisser du lit au bureau sans navette, du bureau à la cuisine sans pendulette, de se défouler en lançant une lessive, en jetant un coup d’oeil à la télé, en prenant un grand bain ou en faisant des câlins aux chiens… Ma solution, fort précaire sans doute, c’est d’avoir à ma disposition quatre endroits très différents que j’appelle « home » et d’où je peux, sans qu’ils m’appartiennent effectivement, travailler avec juste deux petits portables. Le tout intercalé, je dois bien l’avouer, de séances d’urgence en avion, en aéroport, en hôtel et en nocturne. Comme pour entretenir une sorte d’ébullition dans cette tranquille marmite qu’est notre métier… :-)

  11. Sophie dit :

    Merci Jean Paul pour ce partage d’expérience. Vous parlez d’une tranquille marmite, j’ai plutôt l’impression, pour garder la métaphore culinaire, d’une casserole posée sur une plaque électrique : on (je) commence par mettre le thermostat sur 4, raisonnablement, puis, voyant que ça ne chauffe pas, on (je) le monte au maximum en pestant. Au bout d’un temps trop long, la température est trop élevée, le frichiti brûle on (je) baisse précipitamment le thermostat mais un temps fort long, encore une fois, s’écoule avant que la température suive… Bref, je sens dans ce métier une sorte de latence entre les actions et leurs effets, qui rend plus difficile l’adaptation.
    Je ne trouve pas votre solution précaire, si vous vous sentez bien comme ça, c’est qu’elle est pérenne pour vous ! Bonne continuation, et bon courage pour vos 3600 mots !

  12. Bonjour Sophie,
    Je découvre ton blog avec ravissement … Je n’ai lu que quelques articles, mais j’aime beaucoup beaucoup. Analyses très pertinentes, récits agréables à lire et illustrés d’anecdotes savoureuses … Heureux effet secondaire de de ton changement de bureau, je mets ton blog dans ma liste de blogs à suivre, même si pour moi l’intérêt n’est pas professionnel.
    Et le titre : une trouvaille de génie !

  13. Sophie dit :

    Merci Maman pour tes compliments et commentaires qui me vont droit au coeur ! (Je découvre à l’occasion ton propre blog… qui a dit qu’Internet éloignait les gens ? ;-))
    J’espère que tu continueras à découvrir des choses intéressantes ici !

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