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À la recherche d’un stage de traduction ?

lundi 10 juin 2013

Cher futur traducteur à la recherche d’un stage chez un indépendant,

ce billet rassemble quelques conseils subjectifs pour que ta candidature retienne l’attention d’un maître de stage en général et la mienne en particulier. Je fais volontairement l’impasse sur l’intérêt de chercher un stage en agence de traduction. J’ai plutôt envie de répondre, en bloc, aux multiples demandes de stage que j’ai reçues au cours de ma carrière, puisque je meurs d’envie, grâce à mon changement d’organisation, de recevoir des stagiaires à l’avenir.

Je voudrais t’aider à te projeter dans ce stage, qui t’est souvent imposé au cours de tes études et peut même, si j’ai bien compris, conditionner l’obtention de ton diplôme.

D’abord, voilà comment je conçois un stage de traduction qui soit à la fois utile au futur professionnel que tu es, et enrichissant pour moi. Je n’attends pas d’un stagiaire qu’il rende un travail parfait. Je sais bien qu’il est là pour apprendre et découvrir comment devenir performant et, plus tard, rentable. Lorsque je donne un texte à traduire à un stagiaire, j’attends de lui qu’il me pose des questions. Pas les questions dont il peut trouver la réponse tout seul sur Internet ou dans des dictionnaires. Non, les questions pointues, de terminologie par exemple, les incertitudes quant à une faute de frappe éventuelle, les incompréhensions profondes qu’il n’a pas réussi à éclaircir seul. Je suis là pour ça, pour lui suggérer de nouvelles pistes de recherche, pour lui montrer comment je m’y prends pour éliminer 100 % des incertitudes. L’ « à peu près », en traduction, est une faute impardonnable (j’y reviendrai dans un prochain billet).

Sauf urgence du vendredi 31, je sais me rendre disponible pour écouter les interrogations du stagiaire. Je suis ouverte à ses réflexions lorsqu’il cherche la meilleure formulation, prête à mettre mon grain de sel, à discuter, à me laisser convaincre.

Ensuite, lorsqu’il a terminé sa traduction, j’attends de lui qu’il la trouve parfaite. Sinon, c’est qu’elle mérite encore du travail. Lorsque le résultat est ce que le stagiaire peut produire de mieux, je me penche à mon tour dessus. Je fais une relecture approfondie, à la fois de la rédaction en français et en comparant le texte source à la traduction, pour être certaine que tout y est, et que rien ne manque. Et ce faisant, je prends des notes. À l’époque où je travaillais moi-même avec un mentor, il appelait avec humour cette compilation les « remarques désagréables ». Bien sûr, ça a un côté désagréable de s’entendre dire qu’on a mal traduit/compris/exprimé une idée. Mais si personne ne nous le dit, comment progresser ? Je passe donc beaucoup de temps à expliquer pourquoi j’ai fait telle ou telle correction. Si nécessaire, je donne des sources. Ce document est précieux, c’est lui qui permet au stagiaire de savoir ce qu’il doit changer pour améliorer son travail. Je le vois comme un outil indispensable, et je m’efforce d’enrober mes « remarques désagréables » pour en faire des instruments d’apprentissage et non des vexations inefficaces.

Mon objectif en recevant un stagiaire est que l’expérience soit intéressante et riche d’enseignements pour tous les deux.

Je peux aussi enseigner au stagiaire comment utiliser Trados 2007 et Studio 2011, et dans quels cas il est important de s’en passer. Comment utiliser MultiTerm pour gérer ses glossaires et en tirer pleinement parti en toutes circonstances. Comment gérer son planning.

Que faut-il savoir pour donner toutes les chances à sa demande de stage auprès d’un traducteur indépendant ?

Le traducteur indépendant est surchargé de travail. Si ce n’est pas le cas, il est épouvantablement stressé et consacre tout son temps à chercher de nouveaux contrats. Bref, il est rarement très disponible.

Recevoir un stagiaire pour plusieurs semaines, c’est un investissement de temps non négligeable. Donc une perte de chiffre d’affaires. Et un investissement financier si on s’équipe d’une licence supplémentaire pour un outil de TAO. On est très loin des sujets du JT sur les entreprises qui exploitent des stagiaires au lieu d’embaucher des salariés.

Le traducteur indépendant est une personne. Il a besoin qu’on lui donne envie de faire ce gros effort. Même si, comme moi, il est motivé pour transmettre et enseigner ce métier qui le passionne. Tu dois lui montrer ce que ta présence va lui apporter, qui compensera les inconvénients qui le retiennent. Il faut le convaincre que l’expérience sera positive pour lui aussi.

C’est une bonne chose de vanter tes compétences et tes notes éblouissantes. Mais le faire sans faute d’orthographe évitera à ta lettre de motivation de partir directement à la corbeille.

De même, (je me rends bien compte que je suis impitoyable, mais après tout mon investissement est à ce prix) ça ne sert pas à grand chose de dire : « Je suis très motivé ». Pour retenir mon attention par exemple, raconte-moi pourquoi tu as envie de travailler avec moi. Tu peux trouver mon CV, en cherchant un peu, sur Proz par exemple. Ou mes spécialités sur le site d’Aprotrad. Dis-moi lesquelles t’intéressent particulièrement, et pourquoi.

Avant de m’engager à travailler dans le même bureau qu’une personne que je devrai former, j’ai besoin de croire qu’on va bien s’entendre, qu’on a des centres d’intérêt communs, etc.

Bien sûr, il faut aussi que tes langues de travail soient les mêmes que les miennes. Si tu as tous les atouts mais es spécialiste du nucléaire et traduis de l’allemand vers le russe, ça ne va pas être possible… De même, si tu es attiré par l’édition, ne perds pas de temps à contacter des traducteurs techniques, à moins que tu veuilles te rendre vraiment compte de ce qu’on fait dans ce milieu.

En résumé, le traducteur indépendant a beau vivre dans une caverne, il aime qu’on lui montre qu’on s’intéresse à lui. C’est pourquoi les courriels commençant par « Madame, Monsieur, je dois faire accomplir mon stage de fin d’études en entreprise et votre agence a retenu mon attention… » sont immédiatement étiquetés « indésirables ».

Finalement, c’est un très bon entraînement pour le travail commercial que tu auras à accomplir plus tard, si tu choisis d’exercer en indépendant : là aussi, il te faudra passer du temps à connaître ton prospect et à le séduire pour qu’il devienne ton client et le reste.

Chers futurs traducteurs à la recherche d’un stage auprès d’un indépendant, est-ce que ces réflexions vous sont utiles ?

Chers collègues et confrères, avez-vous d’autres suggestions et/ou conseils à prodiguer ?

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