S’adresser à sa cible

Comme chaque année à cette époque, je vais participer au forum de l’orientation de Vendôme dans quelques jours. Inspirée de mon expérience, je réfléchis à ce que je vais pouvoir dire aux visiteurs, pour qu’ils comprennent ce métier. Face à des élèves de 3e, c’est un plus compliqué qu’avec des lycéens ou des étudiants.

Précaution : ce billet ne parle pas des quelques élèves authentiquement inspirés par les métiers de la traduction. Ceux-là posent leurs propres questions et il est assez facile de leur répondre. L’auditoire qui me pose problème est constitué d’une majorité de jeunes qui ne semblent pas se sentir encore très concernés par leur orientation professionnelle et donnent l’impression d’être simplement obligés de prendre des notes calibrées sur un certain nombre de professions et de faire signer la fiche justifiant leur passage sur notre stand.

Cette année je l’avoue, j’étais un peu découragée à l’idée de prendre une journée de congé pour débiter un discours qui n’intéresse pas mes interlocuteurs. C’est au moment où j’ai commencé à me sentir dans la peau d’un prof mal-aimé que ça m’a frappée : c’est à moi de réussir à les intéresser. Finalement, c’est la même démarche que dans un salon de réseautage où l’on essaie de décrire notre métier d’une manière à la fois concise et qui donne envie d’en savoir plus.

Je remonte donc mes manches pour réfléchir aux questions que vont me poser les élèves, et surtout aux réponses que je vais donner. Je partage ici ces réflexions et tâtonnements parce que cette démarche peut être extrapolée à n’importe quelle cible : clients, relations professionnelles, rencontres diverses… tout est bon pour avoir un discours clair sur ce métier méconnu. Pour susciter l’intérêt, il faut commencer par comprendre ce que notre interlocuteur attend et ce dont il a besoin. Il « suffit » ensuite d’adapter son propos.

Bien sûr, je suis preneuse de vos idées !

Commençons par le commencement, qui est ma cible ?

Un adolescent de 14 ans.

Que veut-il savoir ?

Il veut avoir une idée générale claire de ce métier pour savoir si a priori il a envie ou non de creuser la question, s’il va ajouter « traducteur » à sa liste personnelle de métiers possibles.

Voyons ses questions à présent (ce sont toujours à peu près les mêmes).

En quoi consiste le métier de traducteur ?

Il s’agit de permettre à tous ceux qui ne connaissent pas une langue donnée de profiter des contenus existants dans cette langue : livres, films, interfaces de logiciels et d’applications, publicités, articles de presse, manuels d’utilisation, lois, brevets, (continuer tant que l’attention de l’élève se maintient).

Quelles sont les qualités principales requises pour être traducteur ?

L’ouverture d’esprit et la curiosité, la rigueur et la discipline, une bonne culture générale, le souci du détail, la parfaite maîtrise de sa langue maternelle, le perfectionnisme, (continuer aussi longtemps que l’attention se maintient).

Quelles études faut-il faire pour devenir traducteur ?

Avant le bac, peu importe.

Il est intéressant de s’inscrire dans une section européenne.

Je pense que l’élève a tout intérêt à choisir une filière qui lui plaît. Il apprendra plus facilement les matières qu’il utilisera plus tard dans sa vie professionnelle.

Après le bac, une école de traduction est recommandée. De même que des séjours prolongés à l’étranger.

Combien gagne un traducteur ?

Difficile question, n’est-ce pas ?

Je répondrais volontiers qu’un traducteur compétent, non seulement en traduction mais aussi en relations commerciales peut gagner sa vie très bien.

Un excellent traducteur qui ne parvient pas à communiquer sur son talent s’en sortira plutôt pas mal, mais a intérêt à être salarié.

Un traducteur médiocre, sans surprise, aura du mal.

À quoi ressemble la journée d’un traducteur ?

Pour un traducteur salarié, c’est le rythme de n’importe quel travailleur.

Pour un indépendant, les horaires sont plus souples, dans les deux sens : il peut commencer à midi s’il est lève-tard, mais pour travailler à plein temps, il lui faudra compenser en travaillant tard le soir, et/ou le week-end.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ?

La variété des sujets sur lesquels je travaille, même dans ma spécialité. Au hasard de mes recherches, je découvre toujours des informations intéressantes, j’apprends en permanence de nouvelles choses.

La satisfaction de faire quelque chose que j’aime et que je fais bien.

La reconnaissance de mes clients qui apprécient mon travail.

La possibilité de prendre un jour de congé quand j’en ai besoin, de décider de mes horaires de travail.

Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui veut devenir traducteur ?

Restez ouverts, ne tenez jamais rien pour acquis, recherchez toujours la perfection. Voyagez, découvrez d’autres cultures, soyez curieux, lisez, (continuer tant que…)

 

Et vous, quels conseils donnez-vous à des élèves de 3e ?

Quelles informations auriez-vous aimé recevoir à ce stade de votre scolarité ?

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...

3 commentaires sur “S’adresser à sa cible”

  1. AnSo dit :

    J’aurais voulu qu’on me conseille de suivre une formation commerciale en plus de ma licence en traduction ! Heureusement, il existe des structures pour indépendants qui aident à pallier à ce manque par après, mais je trouve vraiment qu’on devrait l’intégrer au cursus des futurs traducteurs.

  2. Sophie dit :

    Je suis bien d’accord avec vous ! D’ailleurs, j’aurai prochainement un stagiaire et j’ai la ferme intention d’aborder avec lui cet aspect qui me paraît essentiel et qui est totalement absent de sa formation universitaire :)

  3. DERRIEN dit :

    Beaucoup de pertinence dans votre réflexion.
    Vous ayant vu le soir au forum où nous avons échangé sur les conditions d’organisation, je veux vous dire combien votre présence est utile auprès des collégiens même s’ils ne semblent pas directement intéressés il faut se dire que l’orientation se prépare très en amont… il est fréquent dans l’enseignement de ne pas voir les résultats de ce que l’on sème mais pour autant il y a toujours des élèves dont on oriente le sens de la vie sans le savoir. merci donc de faire partager ainsi votre amour de votre métier et votre manière de l’exercer le mieux possible, l’important étant toujours d’essayer de bien faire ce que l’on fait…

Répondre