De l’utilité des réseaux de traducteurs indépendants

À l’adolescence, j’étais une fan inconditionnelle des aventures de l’agent secret Langelot (bibliothèque verte).

Son visage charmant, son courage admirable, ses éternels dix-huit ans, son humour La devise de son organisation en particulier me ravissait : « Solitaires, mais solidaires »

Aujourd’hui, traductrice indépendante, je m’aperçois que cette devise nous va… eh bien justement, à ravir.

L’une des raisons pour lesquelles nous sommes indépendants, c’est que nous aimons travailler « en autonomie », être seul maître à bord, ne recevoir d’ordres de personne, j’en passe.

Cependant… travailler seul ne permet pas, à mon sens, de faire l’économie d’un réseau. Ne serait-ce que pour ne jamais dire « non » à un client ou un prospect.

Je ne dis pas qu’il faut tout accepter, bien sûr, mais ne jamais opposer une fin de non-recevoir à une demande d’un client doit être une règle d’or.

Par exemple, ne pas répondre « Hors de question de traduire ce document pour 0,03 €/mot », mais plutôt « Je serais heureux de traduire ce document, mon tarif pour ce travail est de xxx ».

À « 20 000 mots dans le week-end ? Impossible. », préférer « Si votre délai est absolument incompressible, il est possible de monter une équipe pour effectuer ce travail. Je dois cependant vous avertir que la qualité ne sera pas optimale en raison du peu de temps dont les traducteurs disposeront. » (sans oublier de préciser le tarif d’urgence)

L’idée, c’est qu’au bout du fil ou du clavier se trouve une personne qui a un problème ou un besoin. Et je crois fermement que notre devoir, pour être crédible, pour rester dans la mémoire de cette personne dans le tiroir « expériences positives », est de l’aider à résoudre ce problème ou à satisfaire ce besoin.

Pensez à l’impression très favorable que nous laisse un commerçant qui, n’ayant pas le produit que nous cherchons en stock, nous suggère gentiment d’aller voir chez son concurrent si nous n’avons pas le temps d’attendre qu’il soit réapprovisionné.

Nous avons tout intérêt à ce que les personnes avec qui nous entrons en contact se souviennent de nous en bien. Même la boulangère qui n’aura jamais de traductions à nous confier. Parce qu’un jour, elle entendra peut-être dans son entourage que quelqu’un a besoin d’un traducteur. Et qu’il lui sera alors facile de donner notre nom.

Malgré les apparences, je ne m’égare pas et je reviens à mes moutons solidaires.

Lorsqu’un client/prospect final nous propose un travail pour lequel nous n’avons pas les compétences nécessaires (combinaison de langues, spécialité, traduction/interprétation, etc.), il est toujours préférable de répondre « Je ne peux pas m’en charger moi-même pour telle et telle raison, mais je vais vous recommander un collègue en qui j’ai toute confiance et qui sera à même de vous aider. »

Encore faut-il avoir un collègue de toute confiance à recommander.

Et pour cela, il faut avoir un réseau, je retombe sur mes pieds.

Être ouvert.

Discuter avec les autres de leurs spécialités, de leurs combinaisons linguistiques, de leurs méthodes de travail.

Travailler en équipe chaque fois que possible.

S’arranger pour connaître le nom des traducteurs que l’on relit et dont on apprécie le travail.

Deux retombées positives principales :

1. Le client, soulagé que vous l’ayez aidé à trouver une solution, pensera à vous dès qu’il aura un travail dans vos cordes.

2. Le collègue (que vous aurez pris soin d’informer de votre démarche) aura à cœur de vous renvoyer l’ascenseur lorsque l’occasion se présentera.

Et vous ? Avez-vous un réseau de collègues solidaires ? Comment l’entretenez-vous ? Je suis impatiente de lire vos commentaires !

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3 commentaires sur “De l’utilité des réseaux de traducteurs indépendants”

  1. AnSo dit :

    C’est vrai que c’est important ! Beaucoup de clients ont du mal à comprendre qu’on ne fait pas la traduction retour, par exemple. Dans ce cas, ça serait bien de pouvoir leur conseiller un collègue qui traduit vers l’allemand ou l’anglais. Malheureusement, les seuls dont je pourrais conseiller le travail sont ceux que j’ai connu pendant mon stage dans une agence… Donc pas possible de donner leur nom car je suis tenue par la clause de confidentialité ! Par contre, je suis membre du groupe « Unacceptable Translation Rates Naming and Shaming Group », qui permet de discuter avec des collègues du monde entier confrontés aux agences sans scrupules. Ils m’ont déjà bien fait rire derrière mon écran !

  2. Sophie dit :

    Merci pour votre commentaire, AnSo. Pouvoir discuter et décompresser avec des collègues dont le quotidien ressemble au nôtre est en effet réconfortant et parfois remotivant.

    Mais je trouve aussi inestimable d’apprendre à connaître le travail d’autres traducteurs, leur vision de ce marché,leur manière d’appréhender l’aspect commercial…
    Par exemple lorsqu’un client aime travailler avec moi et me demande de lui recommander un collègue, j’ai à cœur de trouver une personne dont je sais qu’elle pourra répondre à ses attentes.

    Construire un réseau solide est un travail de longue haleine, mais apporte des avantages vraiment précieux.

    En ce qui concerne la « back translation », je ne suis pas experte, mais il me semble que tout l’intérêt de l’exercice est d’identifier le biais que l’on a soi-même introduit dans la traduction, et qu’il est donc important de le faire soi-même, sachant que le résultat attendu n’est pas une bonne traduction…

  3. Jean Durandin dit :

    Bonjour Sophie.

    Que tu le saches, on suit ton blog et on a lu avec plaisir cet article, qui est un bon recueil de conseils de communication positive.

    Bon courage !

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