Archives de la catégorie ‘Expressions’

L’expression du jour : rester comme deux ronds de flan

Samedi 15 janvier 2011

Jusqu’à tout récemment, j’étais certaine que le « flan » de l’expression faisait référence à un entremet gélatineux à base d’œufs et de lait, couramment vendu en conditionnement individuel de pourtour intérieur circulaire, d’un diamètre d’environ 4 cm. Sous l’effet de la surprise, on ouvrirait des yeux si ronds et si grands qu’ils rappelleraient la forme et la taille du fameux flan, d’où l’expression « rester comme deux ronds de flan ».

En réalité, il semble que ce ne soit pas exactement ça. Les deux ronds de l’expression sont bien les yeux agrandis d’étonnement, mais le flan serait une pièce de monnaie. Ce que confirment le Dictionnaire du Moyen Français (1330 – 1500), la BnF ou l’Université de Poitiers.

Avouez que cette origine (pour laquelle je n’ai cependant pas de certitude absolue) est plus élégante !

L’expression du jour : man flu

Vendredi 1 octobre 2010

Au cours d’une soirée il y a quelques jours, une amie irlandaise a évoqué devant moi l’expression « man flu », désignant une affection bénigne qui vous met à l’article de la mort. L’idée de base est qu’un homme souffrant d’un simple rhume décrirait ses symptômes comme ceux d’une grippe, et sous-entend que ce n’est pas le cas des femmes. En français, cela pourrait se traduire par une « grippe d’homme » qui serait aussi éloignée de la pathologie grippale que la « minute de coiffeur » d’une période de 60 secondes.

Ce phénomène n’est pas inconnu en France, loin de là, mais j’ai trouvé curieux que les Anglo-Saxons lui aient trouvé un nom « officiel ». Dès que j’ai eu 5 minutes deux heures devant moi, j’ai donc fait quelques recherches sur cette expression amusante. La plupart des références que j’ai trouvées sont britanniques.

Cette expression populaire a été montée en épingle en 2006, lorsque le magazine masculin Nuts a publié les résultats d’un sondage révélant que le « man flu » est une véritable maladie, et que les hommes grippés souffrent davantage et plus longtemps que les femmes. Ce sondage ayant été réalisé en ligne, auprès de 2000 lecteurs du magazine, on peut légitimement douter de sa rigueur scientifique. Mais le buzz était lancé !

J’ai trouvé un article indigné, dont l’auteur fustige ce soi-disant sondage en démontrant qu’il n’a rien à voir avec une étude scientifique. Parmi ses reproches : les personnes interrogées ne sont pas représentatives de la population (1000 ou 2000 – selon les sources – lecteurs du magazine Nuts, cela exclut pas mal de catégories) ou encore, les déclarations des répondants, loin d’être recoupées par des faits médicaux avérés, reposent exclusivement sur les souvenirs des personnes interrogées… Pour l’auteur, Nuts a simplement fait un coup de pub qui risque malheureusement d’être repris dans la presse au point que la population finisse par y voir un fond de vérité.

J’ai trouvé un site amusant, qui proclame sérieusement que cette maladie n’affecte que le chromosome Y, et propose un outil d’évaluation de sa gravité par étude de la couleur du mucus (si si, le « morvomètre » vaut le coup d’oeil !). Bel exemple d’humour britannique.

J’ai trouvé un article plus sérieux de l’institut de recherche de l’Université McGill au Canada, résumant une étude menée sur des souris, qui tend à démontrer que le système immunitaire des femmes est plus puissant que celui des hommes. Bien sûr, il reste à mener l’étude sur des humains.

J’ai trouvé aussi une étude scientifique sur l’évolution des défenses immunitaires en fonction du sexe. Elle est fondée sur la modélisation mathématique de plusieurs hypothèses (par exemple : « Les hommes sont plus exposés que les femmes aux risques infectieux », ou « Les symptômes ressentis par les hommes sont plus intenses que ceux des femmes »). Et elle conclut que si certaines conditions sont vérifiées, il est possible que les systèmes immunitaires féminin et masculin évoluent différemment. Dans ce cas (c’est moi qui ajoute, pas les auteurs), le phénomène « man flu » pourrait avoir une réalité. Ce travail est impressionnant, mais d’une part, les hypothèses de départ ne sont pas exhaustives et d’autre part, il ne s’agit que d’une modélisation en quelque sorte « virtuelle », qui devra impérativement être complétée par une étude réelle pour prouver quoi que ce soit.

Et puis en vrac, j’ai trouvé des tas d’articles plus ou moins fantaisistes qui reprennent des morceaux choisis d’études plus ou moins sérieuses, en citant plus ou moins leurs sources de façon plus ou moins vérifiable et en concluant à peu près tout et n’importe quoi.

Et j’ai fait une découverte amusante : sur la quasi-totalité des blogs évoquant cette affection particulière, quel que soit le point de vue de l’auteur (« les hommes sont simplement douillets » ou « les hommes souffrent vraiment d’une maladie inconnue des femmes »), les commentaires sont les mêmes : ceux des hommes crient à l’injustice et au parti pris et clament que ce sont en réalité les femmes qui n’arrêtent pas de se plaindre, et ceux des femmes ricanent et réaffirment leur certitude que les hommes sont bien douillets…

Je me garderais bien de tirer une conclusion de la lecture de tous ces documents, encore que j’aie ma petite idée sur la question.

Surtout, je remercie Nici de m’avoir fait découvrir cette expression, et un homme (que je ne nommerai pas) de m’avoir inspiré cette recherche et ce billet…

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