Archives de la catégorie ‘Expériences’

Gérer son temps : pas de secret, ma solution

Mardi 28 mai 2013

Quand on est travailleur indépendant, iPro, il est primordial de savoir gérer son temps. D’être capable de bien dissocier sa vie de famille de sa vie professionnelle. Mon expérience personnelle m’amène, surprise, à constater qu’il n’y a pas de recette miracle, de modèle à suivre. L’important est vraiment de choisir la solution qui VOUS convient à l’instant t. Quitte à la faire évoluer.

Depuis 15 ans, je travaille chez moi, comme d’innombrables traducteurs indépendants. Il m’a suffi d’un peu de discipline pour m’astreindre à me mettre au travail et respecter les délais convenus avec mes clients même pendant les vacances scolaires, même les soirs où il y avait match à la télé, même lorsque ma famille venait en vacances dans la maison voisine. J’aimais énormément cette flexibilité, la satisfaction de pouvoir attaquer le travail à 5h pour profiter de mon après-midi, la possibilité d’aller chercher à l’improviste un enfant malade ou finissant plus tôt que prévu à l’école ou au collège, en récupérant le temps perdu plus tard, le soir ou le lendemain à l’aube. Et faire les courses en heures creuses… C’était MA solution idéale. Celle qui m’a permis de gagner et de conserver la confiance de mes clients tout en profitant d’une vie de famille d’une grande richesse.

Et puis… 15 ans ont passé, les enfants ont grandi, j’ai changé… et cette solution ne me satisfait plus. Ceux qui connaissent ma maison (270 m²) s’étrangleront peut-être, mais j’en ai assez de passer tout mon temps ici, de ne voir d’autres professionnels qu’exceptionnellement, à l’AG de l’Aprotrad, aux formations, sur les salons et les congrès auxquels je me rends deux à trois fois par an… J’ai donc décidé de louer un bureau à l’extérieur. Pour certains de mes interlocuteurs, c’est un pari hasardeux. Mais je crois à ce projet. J’ai l’intime conviction que séparer géographiquement ma vie professionnelle de ma vie privée va me permettre d’améliorer ma productivité et ma rentabilité au travail d’un côté, et de mieux profiter de mes proches (et de ma maison) de l’autre.

Après plusieurs visites, j’ai trouvé le bureau de mes rêves, celui qui satisfait le plus grand nombre des besoins que j’avais pris soin d’énumérer : sécurité (physique et informatique), prix abordable, espace disponible, distance de mon domicile, proximité du centre-ville, convivialité, tranquillité…

Dans les cartons, je continue de faire des listes de « pour » et de « contre ».

Les « pour » : tout ce que je vais gagner

Au travail

  • Je serai au bureau pour travailler, de telle heure à telle heure. Pas question d’aller mettre en route une lessive, tailler un rosier ou préparer un repas pendant la journée. Forcément, je vais gagner du temps. Parce que si chacune des opérations « parasite » ne prend que 10 minutes, la perte de concentration qui les accompagne dure bien plus que ça.
  • Fini de culpabiliser parce que j’ai accepté une traduction urgente alors que j’avais juré que je m’attaquerais au repassage en retard. Je suis au bureau pour travailler, point.
  • Mes voisins de bureau seront des professionnels, des hommes et des femmes qui travaillent, pas des voisines qui ont le temps de venir papoter en prenant un café. Les pauses seront clairement limitées par les obligations des uns et des autres.
  • J’aurai des conversations « pro ». J’ai connu ce syndrome que vous reconnaîtrez peut-être, des mères de famille en fin de congé de maternité qui n’en peuvent plus de n’entendre parler que de couches et de biberons. J’ai envie de discuter de rentabilité, de courbes de croissance, de TVA à poster… Je fantasme sur Caméra Café, c’est vous dire !
  • Je pourrai prendre des stagiaires, transmettre, accompagner, informer, faire découvrir et apprécier ce métier que j’adore…

À la maison

  • Avant de partir le matin, une fois de retour le soir, le week-end, je serai pleinement là (je ne vous cache pas que mes proches sont très demandeurs de cette nouvelle disponibilité).
  • Fini de culpabiliser parce que je m’attaque à la pile de repassage au lieu d’accepter une traduction urgente. Je serai à la maison, point.
  • J’aurai enfin le temps de tailler mes rosiers.
  • Je pourrai aussi prendre des engagements, accepter et lancer des invitations sans états d’âmes ni scrupules : je serai à la maison pour profiter de ma vie pas pour travailler !
  • Je serai plus disponible, pour moi-même et pour les autres. Je crois que ça n’a pas de prix.

Les « contre » : ce à quoi je ne sais pas si je vais m’habituer

  • Le matin, mon premier geste ne sera plus d’allumer l’ordinateur pour me réveiller doucement entre ma tasse de café, les dernières nouvelles de mes clients outre-Atlantique et le tour des blogs. Que vais-je faire à la place ? (J’ai déjà pensé à me lever plus tard, acheter un ordinateur portable…)
  • J’aime bien commencer la journée par un petit travail de moins d’une heure, petite relecture, déclaration de TVA, fin d’une traduction que j’ai abandonnée la veille… Dans mon planning interne, c’est du temps que je ne compte pas. Je vais devoir m’organiser autrement et affecter réellement ces petites tâches. Y parviendrai-je ?
  • Plus question de traîner en pyjama jusqu’à 10 heures.
  • Plus de sieste au soleil dans mon transat.
  • Impossible de me changer 3 fois dans la journée, selon la météo.
  • Si je pars avec des escarpins qui m’écorchent les pieds au bout d’un quart d’heure, je les garderai jusqu’au soir.

Clairement, les « contre » sont moins nombreux que les « pour », et relativement faciles à résoudre. Heureusement, d’ailleurs.

Ma conclusion est donc la suivante : pour bien gérer son temps (et son espace de travail), il est essentiel de trouver la solution qui s’adapte à vos besoins. N’hésitez pas à vous écouter : on travaille tellement mieux quand on se sent bien !

Et vous, quelle(s) solution(s) avez-vous choisie(s) ?

 

Un peu de courtoisie ne peut pas nuire…

Jeudi 24 janvier 2013

…il arrive même que ce soit payant !

Ou : De l’intérêt d’envisager les conséquences de nos comportements à moyen, voire long terme

Voici quelques semaines, j’étais assez remontée contre un de mes clients, une agence avec qui je travaille depuis (très) longtemps, et qui m’a fait la mauvaise surprise de ne pas m’informer de sa mise en liquidation judiciaire. J’ai appris la situation, ironie, alors que je venais de livrer une traduction un peu conséquente.

Pour remettre les choses en perspective, je sais que mon client n’était pas tenu de m’annoncer ses difficultés et qu’il lui avait sans doute été conseillé de ne pas le faire pour éviter qu’une perte de confiance de ses partenaires accélère sa chute. Mais à l’idée que mes deux dernières factures ne me seront payées, dans le meilleur des cas, qu’aux calendes grecques, forcément, j’étais un peu agacée (euphémisme).

Au point qu’après ça, j’avais vraiment envie d’envoyer promener la chef de projet de ce client quand elle me proposait un travail (l’agence a été rachetée et l’activité, maintenue), tentée que j’étais de mettre tout le monde dans le même sac : le patron, les employés, le mandataire judiciaire et tous leurs ayants-droit sur huit générations.

Malgré tout, je suis une personne modérée, et je l’aimais bien, cette chef de projet. Elle a toujours un mot gentil, me remercie systématiquement d’accepter ses traductions, s’implique dans la résolution des problèmes techniques le cas échéant, bref, j’appréciais de travailler avec elle. En outre, elle n’était pas responsable de ma mésaventure.

Aussi, j’ai continué à lui répondre poliment, je lui ai présenté mes bons voeux pour la nouvelle année, et je ne l’ai pas vouée aux cinq cent mille diables.

À quelque temps de là, je reçois un e-mail d’une autre agence (pour qui je n’avais jamais travaillé) qui me propose une traduction très intéressante, tant en termes de contenu que de volume (montant de la facture = 7 x celui de mes deux créances en souffrance). Vous me voyez arriver ? C’était ma chef de projet qui m’avait recommandée.

Je ne peux pas m’empêcher de penser que si je m’étais montrée simplement froide avec cette dame, elle aurait pu donner un autre nom que le mien. Alors que maintenant, j’ai un nouveau client. Grâce à elle.

Conclusion : savoir être aimable en toutes circonstances peut ouvrir des portes !

Les traducteurs et les salons professionnels : 6 avantages

Lundi 4 juin 2012

Je veux parler des salons professionnels de nos clients directs.

Plus je les fréquente, et plus j’y trouve d’avantages :

1. Disponibilité des exposants

Peu de traducteurs font cette démarche, les exposants sont donc plutôt ouverts et enclins à prendre le temps de discuter avec les spécimens rares que nous sommes.

2. Enrichissement terminologique

Ces salons sont des mines de terminologie et de phraséologie : les fabricants parlent de leurs produits avec leurs mots « en contexte », ils en démontrent l’utilisation bien mieux que ne peuvent le faire tous les dictionnaires, lexiques et glossaires spécialisés et illustrés. Et en plus, ils répondent volontiers aux questions.

3. Notoriété

Quelle que soit notre niche, plus nous sommes spécialisés et moins les acteurs sont nombreux : nous croisons ainsi les mêmes personnes dans des salons différents. Des personnes qui vont nous classer dans leur mémoire comme « traducteur spécialisé dans mon domaine ». Cela n’a pas de prix.

4. Crédibilité

Lorsque nous expliquons à un client que nous serons absents quelques jours pour nous rendre à un salon professionnel de son secteur, ou lorsqu’un prospect lit sur notre bio que nous sommes des habitués de ces manifestations, sa confiance dans notre expertise grimpe instantanément de plusieurs degrés.

5. Veille technologique

Même si nous sommes abonnés à des revues spécialisées, même si nous avons configuré des alertes Google et autres flux RSS pour être informés des dernières avancées technologiques de notre secteur de prédilection, nous pouvons être sûrs de découvrir des nouveautés dans les salons professionnels : les exposants viennent y présenter (entre autres) leurs plus récentes conceptions. Et non contents de nous les montrer, ils nous expliquent précisément comment elles fonctionnent. (Avec un peu de chance, la documentation n’est pas encore traduite, pensez à poser la question !)

6. Contacts

Je n’ai pas commencé ma liste par ce point, car il me paraît le plus évident et le plus directement rentable : sur les salons, nous rencontrons nos prospects. Nous parlons avec eux, de leur métier et du nôtre. Nous quittons les limbes des expéditeurs d’e-mail anonymes pour devenir une personne, un pro, quelqu’un avec qui ils auront envie de travailler. Ne laissons pas passer une telle occasion !

 

La prochaine fois, je vous parlerai des trucs et astuces qui peuvent vous aider à faire de la visite d’un salon professionnel un investissement rentable.

Et vous, traducteurs spécialisés, est-ce que vous vous rendez sur les salons ? Partagez vos expériences !

Guide de style ?

Samedi 3 mars 2012

Gisant au fond de mon lit, terrassée par la grippe, mon iPhone relevant néanmoins mes e-mails sur la table de chevet au milieu des huiles essentielles et autres antipyrétiques, j’ai vu passer en début de semaine un message d’une grande agence de traduction pour qui je travaille depuis mes débuts.

Ce message me demandait de prendre connaissance d’un guide de style à respecter pour toutes les traductions réalisées pour cette agence.

Lorsque j’ai commencé à récupérer un peu et à rattraper le travail en retard, j’ai repensé à cette requête qui m’a intriguée au plus haut point. Un guide de style, c’est un peu comme une charte graphique, il s’applique à une société, voire à un type de documentation de la société. Mais un guide de style applicable à TOUS les travaux réalisés pour une agence ? Sachant que pour cette agence, j’ai traduit des documents aussi variés que des brochures techniques pour un géant de l’informatique, des articles de magazine sur le développement des télécommunications dans certains pays pauvres, des interviews dans le domaine de la mode pour un journal spécialisé ou des normes d’évaluation de projet pour des organismes internationaux, je ne voyais pas bien l’intérêt – et encore moins l’opportunité – de standardiser le style des traductions.

C’est donc avec une grande curiosité que j’ai jeté un coup d’œil au fameux guide. Et là, stupéfaction ! Dès la deuxième page (16 au total), je suis sidérée par les conseils. Le guide est confidentiel et ne doit pas être divulgué, je ne vous livre donc que des extraits tronqués ou transformés en conservant leur fond, mais qui restent édifiants :

- La traduction doit « sonner français ». (Non ?!)

- Il faut éviter les formulation ambiguës et les répétitions. (Ça va pas être facile mais bon, je vais faire un effort.)

- En l’absence d’instructions spécifiques pour un projet, il faut consulter les éléments de référence pour faire son choix entre l’impératif et l’infinitif pour s’adresser au lecteur, et se tenir à ce choix jusqu’à la fin du document. (J’en prends bonne note.)

- Il faut éviter la voix passive, exemple : « La touche Entrée doit être appuyée » = incorrect (Il va vraiment falloir que je me surveille !)

- Dans les titres en français, contrairement à l’anglais, on ne met une majuscule qu’au début de la phrase, sauf, si le titre contient des noms propres, qui doivent conserver leur majuscule.

Et le reste de la même farine !

Est-il possible qu’ils se soient trompés, et aient envoyé ce guide à des traducteurs professionnels au lieu d’étudiants de première année à qui ce rappel était initialement destiné ?

Je crains hélas qu’ils n’aient pas fait d’erreur, et que ce soit délibérément que cette très grande agence a rédigé ce guide pour l’envoyer à ses sous-traitants.

Et je m’avance peut-être, mais je dirais que si elle l’a fait, ce n’est pas pour le plaisir mais pour répondre à un besoin.

Et si les sous-traitants de cette agence qui a pignon sur rue ont besoin qu’on leur rappelle (enseigne ?) ces principes de base, c’est que ce ne sont pas des traducteurs professionnels.

Petit historique : alors qu’il y a 10 ans, je réalisais environ 30 % de mon chiffre d’affaires avec les différentes entités de cette agence, cette proportion est tombée aujourd’hui à moins de 5 %, l’agence étant devenue entre-temps un Groupe International qui a racheté les petites entités individuelles pour qui je travaillais autrefois.

Il y a quelques années, le grand patron m’a personnellement téléphoné pour me demander de baisser mes prix, ce que j’ai refusé, arguant que mes frais fixes ayant plutôt tendance à augmenter, mes tarifs avaient tout intérêt à suivre la même pente. Je les ai d’ailleurs relevés quelques mois plus tard.

J’ai eu de moins en moins de commandes de la part de cette agence, et le plus souvent il s’agissait de tests de traduction (rémunérés bien sûr) qu’ils faisaient eux-mêmes pour un client final dont je n’entendais plus jamais parler par la suite (de là à conclure qu’on me faisait faire les tests pour être sûr de la qualité, puis, une fois le client gagné, on confiait les traductions récurrentes à des traducteurs moins chers, il n’y a qu’un pas…) ou des urgences. Malgré tout, je continue de traduire régulièrement des choses très intéressantes pour un client qui doit avoir un budget plus étoffé que les autres et cela me va bien.

J’ai très envie de conclure qu’à force de tirer les prix vers le bas et de travailler avec des prestataires qui acceptent des tarifs ridicules, cette agence est confrontée à d’importants problèmes de qualité, d’où ce guide de style pour essayer de redresser la barre.

À mon humble avis, cette stratégie ne sera pas payante. Il vaudrait bien mieux faire à nouveau appel à des traducteurs professionnels, afin de vendre à ses clients des traductions de qualité. Enfin, moi, ce que j’en dis…

Je pense que je vais leur répondre quelque chose du genre :

Je suis assez surprise de recevoir ce type d’instructions qui à mon sens s’adressent davantage à des étudiants de première année qu’à des traducteurs professionnels. Nous travaillons ensemble depuis 2001, et vous trouverez plutôt dans vos archives des compliments pour mon style et des remerciements pour la qualité des traductions livrées que des erreurs de syntaxe et de typographie aussi basiques que celles évoquées dans ce guide.

Sans m’avancer, si vous rencontrez des problèmes de qualité avec vos sous-traitants habituels, je serais heureuse de voir augmenter le volume de traductions que vous me confiez, et de garantir ainsi une prestation de qualité professionnelle à vos clients.

J’y réfléchis encore un peu :)

 

 

 

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