Articles contenant ‘élèves’

Marronnier des métiers

Vendredi 8 février 2013

Vous commencez à me connaître, le forum d’orientation, c’est mon marronnier d’hiver. Pour la troisième année, j’ai participé hier à celui de Lunay (41) avec mon confrère G. Vraiment, j’aime bien ces manifestations. On pourrait croire que c’est répétitif, mais il y a toujours de l’inattendu. Instruite par l’expérience, je m’étais notamment préparée à répondre à des questions sur la langue des signes mais pas sur ce qu’on gagne dans ce métier (ils sont en 3e, commencent à peine à réfléchir à leur orientation, l’argent n’est pas encore une préoccupation pour eux…) Perdu ! Pour une fois, personne ne s’est intéressé à la LSF, et beaucoup nous ont demandé « quel est le salaire minimum quand on débute, et en fin de carrière ? » Il a fallu improviser, expliquer que la plupart des traducteurs travaillent à leur compte, etc.

Nous avons renseigné 79 élèves, qui se souviendront peut-être un jour, dans leur carrière future même s’ils ne deviennent pas traducteurs, qu’on traduit vers sa langue maternelle (mon dada). Une jeune fille a semblé avoir une vraie révélation à cette annonce : « Alors vous, vous ne traduisez que vers le français, et vous, que vers l’italien ?! » Elle n’en revenait pas. D’autres ont semblé soulagés, ne se sentant pas assez à l’aise dans leur langue B pour l’utiliser comme langue cible.

Florilège de demandes ou réflexions déconcertantes :

« Bonjour, on vient vous voir parce qu’on ne sait pas comment ça marche, le forum. Qu’est-ce qu’on doit faire ? »

« Bonjour, je n’ai pas de question à vous poser. Que pouvez-vous me dire ? »

« Qu’est-ce que vous avez fait comme études ? » (Hum… nous sommes un exemple atypique. Si vous voulez savoir ce que VOUS devriez faire comme études, voici ce que nous vous conseillons…)

« Et ça gagne bien ? » (sic)

« J’ai écouté les questions de XX, c’est toutes celles que je voulais poser. Vous pouvez me signer mon papier ? » (Ils doivent faire signer une fiche par les professionnels rencontrés.)

« Qu’est-ce qu’il faut faire pour être journaliste ? » « La journaliste, c’est à côté, elle sera là cet après-midi. Nous, nous sommes traducteurs » « Ah ? Bon. Qu’est-ce qu’il faut faire pour être traducteur ? »

« La traduction m’intéresse parce que (…) je ne supporterais pas de rester toute la journée devant un ordi, je pèterais les plombs tout de suite. » (Ah…)

« En quoi ça consiste, traducteur-journaliste ? » (Nous partageons notre stand avec une journaliste et le plan remis aux élèves indique donc « Traducteurs – Journalistes »)

 

Et puis il y a les élèves pour qui j’ai toujours envie de revenir, ceux chez qui je sens déjà une véritable motivation, presque un projet. Souvent, ils ont grandi avec plusieurs langues et ont bien compris que c’était un atout. Ils nous demandent quelle langue supplémentaire ils ont intérêt à apprendre, s’il est judicieux de voyager, de séjourner à l’étranger… Leurs interrogations sont pertinentes, on est heureux de pouvoir leur fournir des indications utiles.

C’est toujours enrichissant, je prends des notes pour être mieux préparée l’année prochaine (mais combien on gagne, dans ce métier ?), je me promets de me renseigner sur les lycées qui proposent une section européenne dans la région et de prévoir un pull supplémentaire.

Sur l’organisation, grosse petite déception : d’habitude (et, me confirme G., depuis que ce forum existe), les professionnels qui ont accepté de consacrer bénévolement une journée entière à cet événement sont invités à déjeuner. C’est-à-dire que le lycée hôtelier nous concocte avec talent des petits fours pour l’apéritif et un buffet à se damner. Même si on ne vient pas que pour ça, on apprécie énormément. Or cette année, le repas était payant et ne devait rien à l’expertise des élèves du lycée Ampère. Et il n’y avait pas d’apéritif. Un plateau-repas bon mais sans prétention. Dommage dommage.

Monsieur le ministre

Jeudi 2 février 2012

Monsieur le ministre, je vous dois des excuses : je ne vous ai pas reconnu, ni comme président du Conseil général, ni comme député, ni comme ministre. A vrai dire, j’ignorais même l’existence de votre ministère. Et bien sûr, je ne savais pas que c’était votre anniversaire… Bref : tout faux, sur toute la ligne.

Pour mes lecteurs, permettez-moi de replacer la scène dans son contexte, histoire d’essayer de susciter quelque indulgence, au moins chez eux…

Au forum des métiers de Lunay (Loir-et-Cher), nous partagions aujourd’hui un stand entre deux traducteurs et deux journalistes.

La fréquentation des collégiens a été un record, puisqu’à nous deux (les traducteurs), nous en avons renseigné 73 ! Comme d’habitude, certains semblent là uniquement pour faire signer le papier justifiant qu’ils ont bien demandé des informations, mais d’autres sont sincèrement motivés, voire passionnés, et pour un seul de ceux-là je sacrifie gaiement une journée de travail rémunéré.

Justement, en milieu d’après-midi, j’étais en conversation avec une élève profondément intéressée par le quotidien de notre métier, les relations avec les clients, le type de document qu’on est amené à traduire, etc. Elle me posait question sur question, prenant des notes avec enthousiasme.

Or pendant cet entretien, au moins deux photographes se sont approchés sur le côté de notre table, nous collant presque leur objectif sous le nez pour saisir ce qui se passait à l’autre bout de la table. Mon élève en perdait un peu son fil, mais pour la rassurer je lui ai dit qu’ils se contentaient de photographier les journalistes et leurs « propres » élèves.

Jusqu’au moment où, entendant prononcer le terme « interprète » (équivalent chez moi d’une alerte Google, comme d’autres du même champ lexical), je perds à mon tour mon fil et tourne – enfin – la tête vers l’autre extrémité de la table. Vous trouverez certainement la photo de ce que j’ai vu à cet instant dans le prochain numéro de Loir-et-Cher Info : un monsieur élégant et souriant, entouré d’un groupe de personnes qui visiblement l’accompagnaient. Il discutait alors avec les journalistes, mais s’était avisé de notre présence, annonçant que justement, sa fille souhaitait devenir interprète.

Tout en ayant – tout de même – vaguement conscience que ce monsieur n’était sans doute pas n’importe qui, j’avais déjà dans l’idée de l’inviter à prendre la suite de mon élève pour lui donner quelques tuyaux susceptibles d’aider sa fille à mieux cerner le métier qui l’intéressait. Après tout, j’avais déjà renseigné plusieurs parents depuis le matin.

Fort courtois, le monsieur me tend la main en se présentant « Maurice Leroy », à quoi je répond avec mon sourire le plus chaleureux (vous ne le verrez pas, il n’y avait pas de photographe de l’autre côté) : « Sophie Dinh, traductrice ».

Lorsqu’il ajoute « Je suis le président du Conseil général », j’étouffe un « oups » et me déclare sincèrement ravie de faire sa connaissance.

Il me pose alors quelques questions sur le genre d’interprétations que j’effectue. Soulagée de savoir quoi répondre, j’explique succinctement que l’interprétation est une prestation orale, tandis que je suis traductrice, à l’écrit, et je lui montre un échantillon de mes dernières traductions publiées.

Hélas, la situation s’est gâtée avec sa réplique suivante, qui montrait clairement que soit il n’avait pas compris un mot de mon explication sur ce qui distingue un traducteur d’un interprète, soit il ne l’avait pas écoutée, mais voilà, il m’est clairement apparu que ce monsieur (je ne savais pas encore qu’il était ministre) ne faisait toujours pas la différence entre traducteur et interprète.

Avant que vous doutiez de mes compétences en explication, je tiens à préciser que tous les collégiens à qui j’ai eu l’occasion de décrire cette fameuse distinction l’ont assimilée sans difficultés.

Après ça, le monsieur nous a salués à nouveau très poliment et s’en est allé, suivi de ses accompagnateurs. C’est alors que mes voisins journalistes m’ont plongée dans une confusion infinie en m’apprenant à quelle personnalité j’avais eu l’honneur de m’adresser, et qu’elle était certainement très vexée que je ne l’aie pas reconnue.

Cela étant, permettez-moi, Monsieur le ministre, de vous souhaiter – bien qu’un peu tard – un bon anniversaire, et d’espérer qu’entre ma vexation de n’avoir pas été comprise dans mon explication et la vôtre, de n’avoir pas été reconnu, nous sommes quittes…

Si vous nous faites à nouveau l’honneur de visiter notre stand l’année prochaine, je vous promets de faire amende honorable.

En attendant, et avec l’autorisation de son auteur, je vous propose ce petit rappel illustré clair et concis (traduit par mes soins). L’original se trouve sur Mox’s blog, merci Alejandro !

Conseils à l’usage des traducteurs débutants

Mercredi 11 mai 2011

Je voudrais aborder un thème qui me tient à cœur, à savoir la non-préparation des jeunes traducteurs.

Au fil des années, j’ai personnellement constaté des erreurs récurrentes chez plusieurs personnes, ayant suivi ou non des études de traduction, ayant eu ou non une expérience professionnelle antérieure, et cela me donne envie aujourd’hui d’entamer une liste de conseils pour ne pas se casser le nez bêtement avant même d’avoir pris pied sur le marché de la traduction pro.

  1. Traduisez vers votre langue maternelle. Je croyais que toute personne qui s’intéresse, même de loin, à la traduction, connaissait ce principe fondamental. Mais dernièrement, plusieurs étudiants de M2 (potentiellement traducteurs pros dans 6 mois donc) m’ont fait la surprise de chercher un stage de traduction depuis et vers toutes leurs langues de travail, même celles qu’ils avaient « simplement » apprises à l’école. Rappelons-le : sauf cas exceptionnels, on ne traduit que vers sa langue maternelle, c’est une condition sine qua non de qualité.
  2. Soignez votre annonce téléphonique. Je suis tombée un jour sur la messagerie d’une étudiante qui m’avait sollicitée pour faire un stage : là aussi, surprise, c’est J.-M. Bigard qui m’a répondu, m’expliquant avec la courtoisie et le raffinement qu’on lui connaît que mon interlocutrice n’était pas disponible. Ambiance.
  3. Soignez votre adresse e-mail. lapetitenanadu74@hotmail.fr, ça ne fait pas sérieux ! Pas plus que patouetdidi@gmail.com. D’une manière générale, un hébergeur gratuit n’est pas recommandé. L’idéal est d’acheter votre nom de domaine, ça ne coûte pas une fortune et ça donne à votre adresse un air tout à fait professionnel.
  4. Soignez votre travail. Ça à l’air idiot, comme conseil, mais j’ai été amenée à plusieurs reprises à relire des traductions qui étaient tout sauf pro : fautes d’orthographe et de grammaire, ponctuation fantaisiste, absence d’homogénéité dans la terminologie employée… Passez le correcteur orthographique pour les fautes de frappe, mais cela ne suffit pas ! Lisez votre traduction à haute voix, en écoutant comment elle « sonne ». Ce n’est pas parce que vous serez relu que vous pouvez laisser des coquilles : le travail que vous rendez doit être parfait à vos yeux, sans la moindre approximation. Parce que même ainsi, il restera des corrections et améliorations possibles pour le relecteur.
  5. Ne laissez aucune question sans réponse. Quelle que soit notre expérience, on rencontre toujours une tournure, une formulation, une phrase qui reste hermétique dans un texte à traduire. Traduire mot à mot en restant le plus vague possible n’est pas une solution acceptable. Vous devez toujours comprendre de quoi vous parlez et pour cela, éliminer toutes les zones d’ombre. Posez des questions sur des forums d’entraide, lisez de la documentation sur le sujet, prenez du recul par rapport au texte et en dernier ressort, interrogez votre client.
  6. Respectez les délais. Commencez par bien estimer le temps qu’il vous faudra pour effectuer la traduction. Lisez le document source. Évaluez le temps de recherche nécessaire. Si votre client vous fournit 4 glossaires différents, prévoyez le temps de chercher la terminologie dans chacun, et de recouper les résultats. Lorsque vous acceptez ou fixez un délai, assurez-vous que vous pourrez l’honorer sans devoir réduire le temps de recherche ou d’auto-relecture.
  7. Respectez les consignes. Si votre client s’est donné la peine de préparer un guide de style ou une liste de consignes, c’est que pour lui, la qualité passe par là. N’oubliez pas que vous travaillez pour lui.

Pour résumer : soyez professionnels et rigoureux. Ne perdez pas de vue que vos clients sont des consommateurs qui achètent une prestation de service. Ils veulent en avoir pour leur argent, et s’ils ne sont pas satisfaits, ils ne reviendront pas, c’est aussi simple que cela.

Traducteurs débutants ou chevronnés, vos conseils sont les bienvenus pour étoffer cette liste. Faites-nous part de votre expérience !

Carrefour des métiers d’Orléans

Lundi 10 janvier 2011

Vendredi et samedi derniers, l’APROTRAD présentait les métiers de la traduction au Carrefour des métiers d’Orléans.

J’y étais vendredi après-midi, pour assurer la permanence avec un collègue. Ayant eu la bonne idée d’arriver dès midi, j’ai découvert que le lycée hôtelier offrait aux exposants des petits fours plus exquis les uns que les autres et un apéritif original et sympathique. Je m’inscris d’ores et déjà pour l’année prochaine !

Du point de vue de l’information cependant, l’expérience m’a laissée sur ma faim. Le carrefour des métiers s’adresse à des élèves de 3e, un peu trop en amont, donc, pour nous.

Plusieurs catégories d’élèves se sont arrêtés sur notre stand cet après-midi-là.

L’efficace : il a sa liste de questions (en-quoi-consiste-votre-métier/dans-quel-lycée-faut-il-aller/combien-d’années-d’études-faut-il-faire) à remplir, histoire de prouver à son prof principal qu’il a bien rencontré différents métiers. Il ne s’intéresse absolument pas à la traduction ni à l’interprétation.

L’intrigué : flânant de notre côté, il est étonné par notre panneau « Traducteurs et interprètes » et, ayant un peu de temps à tuer, vient nous demander « ce que c’est, au juste, notre métier ». Personnellement, ça me fait plaisir de lui en donner une idée assez claire.

Le fourvoyé : il vient nous demander si « pour le journalisme, c’est bien ici ». Il n’est pas seul de sa catégorie, et nous finissons par comprendre que notre stand et le voisin (une école de design !) ont été décorés en jaune qui est la couleur des métiers de la communication pour le salon. Les aspirants journalistes espèrent donc que nous pourrons les aiguiller…

L’accompagné (par ses parents) : il traîne un peu les pieds, lit nos affichettes pour avoir l’air de participer et, après avoir écouté les grandes lignes de notre discours, se tourne vers ses parents d’un air interrogateur. Et les parents, qui ont posé toutes les questions, soupirent d’un air excédé que c’est LUI qui doit savoir si ça l’intéresse !

L’espoir : il parle déjà plusieurs langues (deux jeunes que j’ai vus maîtrisaient la langue des signes) et se demande sincèrement s’il pourra en faire son métier. En répondant à celui-ci, j’ai l’impression de semer une graine qui germera peut-être dans quelques années.

Bilan mitigé pour moi, donc. Mais une très bonne après-midi partagée avec des collègues !

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