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Guide de style ?

Samedi 3 mars 2012

Gisant au fond de mon lit, terrassée par la grippe, mon iPhone relevant néanmoins mes e-mails sur la table de chevet au milieu des huiles essentielles et autres antipyrétiques, j’ai vu passer en début de semaine un message d’une grande agence de traduction pour qui je travaille depuis mes débuts.

Ce message me demandait de prendre connaissance d’un guide de style à respecter pour toutes les traductions réalisées pour cette agence.

Lorsque j’ai commencé à récupérer un peu et à rattraper le travail en retard, j’ai repensé à cette requête qui m’a intriguée au plus haut point. Un guide de style, c’est un peu comme une charte graphique, il s’applique à une société, voire à un type de documentation de la société. Mais un guide de style applicable à TOUS les travaux réalisés pour une agence ? Sachant que pour cette agence, j’ai traduit des documents aussi variés que des brochures techniques pour un géant de l’informatique, des articles de magazine sur le développement des télécommunications dans certains pays pauvres, des interviews dans le domaine de la mode pour un journal spécialisé ou des normes d’évaluation de projet pour des organismes internationaux, je ne voyais pas bien l’intérêt – et encore moins l’opportunité – de standardiser le style des traductions.

C’est donc avec une grande curiosité que j’ai jeté un coup d’œil au fameux guide. Et là, stupéfaction ! Dès la deuxième page (16 au total), je suis sidérée par les conseils. Le guide est confidentiel et ne doit pas être divulgué, je ne vous livre donc que des extraits tronqués ou transformés en conservant leur fond, mais qui restent édifiants :

- La traduction doit « sonner français ». (Non ?!)

- Il faut éviter les formulation ambiguës et les répétitions. (Ça va pas être facile mais bon, je vais faire un effort.)

- En l’absence d’instructions spécifiques pour un projet, il faut consulter les éléments de référence pour faire son choix entre l’impératif et l’infinitif pour s’adresser au lecteur, et se tenir à ce choix jusqu’à la fin du document. (J’en prends bonne note.)

- Il faut éviter la voix passive, exemple : « La touche Entrée doit être appuyée » = incorrect (Il va vraiment falloir que je me surveille !)

- Dans les titres en français, contrairement à l’anglais, on ne met une majuscule qu’au début de la phrase, sauf, si le titre contient des noms propres, qui doivent conserver leur majuscule.

Et le reste de la même farine !

Est-il possible qu’ils se soient trompés, et aient envoyé ce guide à des traducteurs professionnels au lieu d’étudiants de première année à qui ce rappel était initialement destiné ?

Je crains hélas qu’ils n’aient pas fait d’erreur, et que ce soit délibérément que cette très grande agence a rédigé ce guide pour l’envoyer à ses sous-traitants.

Et je m’avance peut-être, mais je dirais que si elle l’a fait, ce n’est pas pour le plaisir mais pour répondre à un besoin.

Et si les sous-traitants de cette agence qui a pignon sur rue ont besoin qu’on leur rappelle (enseigne ?) ces principes de base, c’est que ce ne sont pas des traducteurs professionnels.

Petit historique : alors qu’il y a 10 ans, je réalisais environ 30 % de mon chiffre d’affaires avec les différentes entités de cette agence, cette proportion est tombée aujourd’hui à moins de 5 %, l’agence étant devenue entre-temps un Groupe International qui a racheté les petites entités individuelles pour qui je travaillais autrefois.

Il y a quelques années, le grand patron m’a personnellement téléphoné pour me demander de baisser mes prix, ce que j’ai refusé, arguant que mes frais fixes ayant plutôt tendance à augmenter, mes tarifs avaient tout intérêt à suivre la même pente. Je les ai d’ailleurs relevés quelques mois plus tard.

J’ai eu de moins en moins de commandes de la part de cette agence, et le plus souvent il s’agissait de tests de traduction (rémunérés bien sûr) qu’ils faisaient eux-mêmes pour un client final dont je n’entendais plus jamais parler par la suite (de là à conclure qu’on me faisait faire les tests pour être sûr de la qualité, puis, une fois le client gagné, on confiait les traductions récurrentes à des traducteurs moins chers, il n’y a qu’un pas…) ou des urgences. Malgré tout, je continue de traduire régulièrement des choses très intéressantes pour un client qui doit avoir un budget plus étoffé que les autres et cela me va bien.

J’ai très envie de conclure qu’à force de tirer les prix vers le bas et de travailler avec des prestataires qui acceptent des tarifs ridicules, cette agence est confrontée à d’importants problèmes de qualité, d’où ce guide de style pour essayer de redresser la barre.

À mon humble avis, cette stratégie ne sera pas payante. Il vaudrait bien mieux faire à nouveau appel à des traducteurs professionnels, afin de vendre à ses clients des traductions de qualité. Enfin, moi, ce que j’en dis…

Je pense que je vais leur répondre quelque chose du genre :

Je suis assez surprise de recevoir ce type d’instructions qui à mon sens s’adressent davantage à des étudiants de première année qu’à des traducteurs professionnels. Nous travaillons ensemble depuis 2001, et vous trouverez plutôt dans vos archives des compliments pour mon style et des remerciements pour la qualité des traductions livrées que des erreurs de syntaxe et de typographie aussi basiques que celles évoquées dans ce guide.

Sans m’avancer, si vous rencontrez des problèmes de qualité avec vos sous-traitants habituels, je serais heureuse de voir augmenter le volume de traductions que vous me confiez, et de garantir ainsi une prestation de qualité professionnelle à vos clients.

J’y réfléchis encore un peu :)

 

 

 

Conseils à l’usage des traducteurs débutants

Mercredi 11 mai 2011

Je voudrais aborder un thème qui me tient à cœur, à savoir la non-préparation des jeunes traducteurs.

Au fil des années, j’ai personnellement constaté des erreurs récurrentes chez plusieurs personnes, ayant suivi ou non des études de traduction, ayant eu ou non une expérience professionnelle antérieure, et cela me donne envie aujourd’hui d’entamer une liste de conseils pour ne pas se casser le nez bêtement avant même d’avoir pris pied sur le marché de la traduction pro.

  1. Traduisez vers votre langue maternelle. Je croyais que toute personne qui s’intéresse, même de loin, à la traduction, connaissait ce principe fondamental. Mais dernièrement, plusieurs étudiants de M2 (potentiellement traducteurs pros dans 6 mois donc) m’ont fait la surprise de chercher un stage de traduction depuis et vers toutes leurs langues de travail, même celles qu’ils avaient « simplement » apprises à l’école. Rappelons-le : sauf cas exceptionnels, on ne traduit que vers sa langue maternelle, c’est une condition sine qua non de qualité.
  2. Soignez votre annonce téléphonique. Je suis tombée un jour sur la messagerie d’une étudiante qui m’avait sollicitée pour faire un stage : là aussi, surprise, c’est J.-M. Bigard qui m’a répondu, m’expliquant avec la courtoisie et le raffinement qu’on lui connaît que mon interlocutrice n’était pas disponible. Ambiance.
  3. Soignez votre adresse e-mail. lapetitenanadu74@hotmail.fr, ça ne fait pas sérieux ! Pas plus que patouetdidi@gmail.com. D’une manière générale, un hébergeur gratuit n’est pas recommandé. L’idéal est d’acheter votre nom de domaine, ça ne coûte pas une fortune et ça donne à votre adresse un air tout à fait professionnel.
  4. Soignez votre travail. Ça à l’air idiot, comme conseil, mais j’ai été amenée à plusieurs reprises à relire des traductions qui étaient tout sauf pro : fautes d’orthographe et de grammaire, ponctuation fantaisiste, absence d’homogénéité dans la terminologie employée… Passez le correcteur orthographique pour les fautes de frappe, mais cela ne suffit pas ! Lisez votre traduction à haute voix, en écoutant comment elle « sonne ». Ce n’est pas parce que vous serez relu que vous pouvez laisser des coquilles : le travail que vous rendez doit être parfait à vos yeux, sans la moindre approximation. Parce que même ainsi, il restera des corrections et améliorations possibles pour le relecteur.
  5. Ne laissez aucune question sans réponse. Quelle que soit notre expérience, on rencontre toujours une tournure, une formulation, une phrase qui reste hermétique dans un texte à traduire. Traduire mot à mot en restant le plus vague possible n’est pas une solution acceptable. Vous devez toujours comprendre de quoi vous parlez et pour cela, éliminer toutes les zones d’ombre. Posez des questions sur des forums d’entraide, lisez de la documentation sur le sujet, prenez du recul par rapport au texte et en dernier ressort, interrogez votre client.
  6. Respectez les délais. Commencez par bien estimer le temps qu’il vous faudra pour effectuer la traduction. Lisez le document source. Évaluez le temps de recherche nécessaire. Si votre client vous fournit 4 glossaires différents, prévoyez le temps de chercher la terminologie dans chacun, et de recouper les résultats. Lorsque vous acceptez ou fixez un délai, assurez-vous que vous pourrez l’honorer sans devoir réduire le temps de recherche ou d’auto-relecture.
  7. Respectez les consignes. Si votre client s’est donné la peine de préparer un guide de style ou une liste de consignes, c’est que pour lui, la qualité passe par là. N’oubliez pas que vous travaillez pour lui.

Pour résumer : soyez professionnels et rigoureux. Ne perdez pas de vue que vos clients sont des consommateurs qui achètent une prestation de service. Ils veulent en avoir pour leur argent, et s’ils ne sont pas satisfaits, ils ne reviendront pas, c’est aussi simple que cela.

Traducteurs débutants ou chevronnés, vos conseils sont les bienvenus pour étoffer cette liste. Faites-nous part de votre expérience !

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