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Client direct – une expérience peu commune

Mercredi 23 novembre 2011

Au printemps dernier, une expérience personnelle inédite m’a donné envie de partager quelques caractéristiques du travail « en direct ». À vrai dire, cela n’a absolument rien à voir avec un travail de traduction pour une agence. Ni dans la planification des opérations, ni dans l’établissement du calendrier, ni dans la relation avec le client, ni dans le suivi de l’avancement du projet, ni dans le feedback ni, évidemment, dans la réalisation de la tâche proprement dite.

Contexte

Rédactrice en anglais et traductrice-adaptatrice, Patricia Lane dirige le cabinet Franco-American Quill spécialisé dans la communication interculturelle. Depuis plusieurs mois, une relation d’amitié s’est tissée entre nous, qui dépasse largement l’échange professionnel. J’apprécie notamment sa finesse d’analyse, sa simplicité, sa franchise, sa grande humanité et son professionnalisme en toutes circonstances. La formation qu’elle a animée pour l’APROTRAD m’a apporté des outils inestimables pour développer mon activité de traduction pour des clients directs. J’étais donc en pleine fièvre créatrice lorsque Patricia m’a appelée pour me demander de l’aider à réaliser la version française de son nouveau site web.

Que les choses soient bien claires : Patricia traduit aussi vers le français et est parfaitement capable de rédiger vers le français des textes percutants et subtils, il suffit de jeter un coup d’œil sur son blog pour s’en convaincre. En l’occurrence, sa difficulté était qu’elle manquait de temps, après avoir planché sur la version anglaise, pour prendre suffisamment de recul afin d’adapter cette version en français avec un œil complètement neuf. Sa demande était très claire : je devais lui donner un élan, un premier jet en français qu’elle retravaillerait et affinerait ensuite.

Je vous passe la fierté, l’émotion, le questionnement, l’ambition… j’ai accepté. (Et dès que j’aurai retravaillé mon propre site en français, Patricia se chargera de l’adapter en anglais mais me fournira un produit fini car je ne suis pas bilingue, moi !)

Aujourd’hui, je reviens sur cette aventure exceptionnelle et enrichissante, en synthétisant les aspects les plus typiques.

Planification des opérations et calendrier

D’ordinaire, lorsque l’un de mes clients me confie une traduction, la planification est simple : répartition des éléments à traduire selon ma disponibilité, livraison échelonnée éventuelle, accord sur le calendrier de livraison, point.

Pour chaque « page » de son site, Patricia m’envoyait une première version EN, pour que je commence à me faire une idée du ton, du style, de l’atmosphère. Et on en parlait ensemble. Lorsqu’elle m’envoyait ensuite sa version finalisée, j’avais déjà en tête des tournures et des images, un fil conducteur que j’allais essayer de mettre en place.

Relation avec le client

Évidemment, mes clients habituels ne sont pas des amis et nous ne concluons pas nos conversations téléphoniques par des nouvelles de nos familles respectives.

Cette proximité a été pour moi un facteur de motivation supplémentaire.

Suivi de l’avancement du projet

Lorsque je travaille pour une agence, le délai est le délai, et à moins d’un changement particulier, il n’est pas mobile.

Avec Patricia, nous n’avions pas de date de livraison fixée : lorsque je recevais une page, je prenais quelques jours pour la lire, y penser, me l’approprier. Puis un matin, je me lançais dans la rédaction. Parfois, si une commande venait s’intercaler dans mon planning, je demandais à Patricia si elle pouvait attendre un jour ou deux de plus. Et sa réponse était toujours « Prends ton temps ».

J’ai particulièrement apprécié de ne jamais sentir de pression pour terminer à une date précise.

Feedback

Mes clients habituels me disent quelquefois que c’était bien (ou très bien, oui, oui), me signalent parfois des points qu’ils ont modifiés, mais toujours après la livraison, lorsque je n’ai plus la main sur le document.

De l’autre côté, j’en avais eu un aperçu lors de l’atelier de l’APROTRAD, Patricia sait donner un feedback, en expliquant ce qui ne lui convient pas et pourquoi, en précisant ce qu’elle attend, sans jamais oublier de reconnaître ce qui lui plaît. Ces commentaires précis et contextuels ont été d’une valeur inestimable pour retravailler certains passages en avançant dans la bonne direction.

Traduction proprement dite

La plus grande différence est là, sans aucun doute.

Lorsqu’on m’envoie une brochure de 1500 mots sur la dernière prothèse unicompartimentale de genou, je sais qu’il me faudra grosso-modo deux jours pour la traduire et l’envoyer au relecteur, en comptant le temps de pause indispensable avant ma propre relecture.

Lorsque je recevais une page de 350 mots de Patricia, je ne savais pas combien de temps j’allais y passer. Le couteau sous la gorge, je n’aurais pas pu donner d’estimation. J’ai passé des heures entières sur certains titres. Heureusement, certains paragraphes m’ont demandé moins de temps. Mais dans l’ensemble, ce travail m’a pris bien plus de temps qu’un article technique.

La démarche de traduction était assez particulière aussi, mais cela relève à mon avis plus de la particularité du support que du rapport client direct/agence. Je ne m’approprie pas le texte de la même manière si je traduis une technique opératoire ou un album pour enfants.

Conclusion

En résumé, je dirais que j’ai adoré cette collaboration qui m’a beaucoup appris, sur les relations qu’on peut avoir avec son donneur d’ordre mais aussi sur moi-même et ma façon de travailler. Bien sûr, cette situation est assez exceptionnelle et beaucoup de particularités qui m’ont frappée auraient sans doute été différentes ou atténuées avec un client direct qui n’aurait pas été 1) une amie, 2) une consoeur et 3) extrêmement compétente en rédaction en français.

Vous pouvez lire ma prose (remaniée par Patricia) sur le nouveau site français de Franco-American Quill, et ce qu’elle dit de notre collaboration ici.

Une agence de traduction à suivre

Mardi 9 novembre 2010

Cette vidéo a provoqué quelques remous sur la liste APROTRAD la semaine dernière. Je ne résiste pas au plaisir de la partager. Le sujet : un manager aux dents très longues vient de reprendre une agence de traduction orléanaise et participe à un concours de créateurs et repreneurs d’entreprise.

Vous pouvez toujours voir la vidéo en cliquant ici.

J’ai rarement entendu autant d’âneries sur ce métier en si peu de temps.
Par exemple :
« Dans le mot traduction, il y a le mot traditionnel. » Noooon ?
En réponse à un autre candidat qui lui demandait si la traduction de la langue des signes était d’actualité : « …le langage des signes a l’avantage d’être universel, donc il ne se traduit pas. Heureusement, sinon on n’aurait pas assez de bras ! Ha ha ! » Oui, ha ha. Pour ceux qui se posent la question, l’une de mes estimées collègues explique :

…il existe à la fois une langue des signes internationale (et même une langue des signes européenne née du multilinguisme suisse), en plus de la langue des signes qui peut exister dans chaque pays comme la langue des signes française (LSF), britannique (BSL), etc. Les sourds apprenant leur langue nationale à l’école, c’est cette langue qui est la plus « parlée » dans chaque pays. Le Hongrois Adam Kosa, premier eurodéputé sourd élu dernièrement, utilise donc sa langue des signes hongroise… et a besoin d’une interprète particulière…

Et le clou : en réponse à la question « Comment gérez-vous les langues un peu exotiques ? »
Il commence par « La question vaut le coup… » eh bien, la réponse vaut le coup aussi, ouvrez grand vos oreilles : « J’ai mis en place une charte de qualité très très en avant par rapport à tout le métier qui consiste à ne traduire que vers sa langue natale. »
Alors là, moi je dis BRA-VO, il fallait y penser !

Un autre passage savoureux, même s’il n’a pas grand-chose à voir avec le métier, c’est quand il expose son projet personnel « J’ai l’intention que dans 10 ans, moi, ma famille, mes potes et les équipes qui me font confiance dans mes entreprises, on soit tous à l’abri. »

Ce sympathique candidat a prévu d’être une agence de traduction majeure en France et peut-être aussi à l’étranger dans 5 ans, et d’être dans le Top 10 d’ici juin prochain. Je suis impatiente de voir ça !

Pour y parvenir, il compte sur une stratégie d’acquisitions (au rythme d’une entreprise par an) et sur des produits très innovants. Après analyse, ces produits « vraiment révolutionnaires » sur lesquels il prévoit de marger à 65-70 % sont, comme il l’explique en deux mots vers la fin de sa présentation, du conseil pour la communication à l’étranger (adaptation linguistique et culturelle) et le traitement des campagnes d’e-mailing en langue étrangère. Utiles, voire indispensables, ces services ne sont en rien « révolutionnaires ».

Bon, c’est pas le tout de rigoler, mais cette émission a quand même un côté un peu dérangeant, notamment lorsque l’on voit les autres candidats et les « experts » applaudir des deux mains cette idée force vraiment novatrice : traduire vers sa langue maternelle.
Comme je suis une personne optimiste, je me dis que si ces entrepreneurs ne connaissent pas le marché de la traduction, c’est probablement qu’ils n’ont pas besoin de nos services. Néanmoins, je médite de tenter de remédier à cette lacune en communiquant mieux sur les réalités de ce marché, par exemple à travers l’organisateur du concours, en lui signalant les faiblesses de ce projet particulier…

Bénévolat et publicité en traduction

Dimanche 1 août 2010

J’aimerais lancer le débat sur la publicité des traductions bénévoles.

Attention, je veux bien distinguer le fait de se vanter d’avoir fait une action gratuitement, et celui de se prévaloir d’un travail réalisé.

Dans le premier cas, cela relève du tempérament du donateur et ce n’est pas ce point que je veux discuter.

C’est le deuxième qui m’intéresse. Ces derniers temps, j’ai entendu plusieurs fois l’argument : « un don doit être complètement désintéressé », et je m’interroge, parce que je ne suis pas sûre d’y adhérer pleinement. Je pense en particulier à une occasion où l’on m’a demandé d’effectuer des travaux de traduction bénévolement. J’ai demandé si mon nom apparaîtrait sur le document final, et mon interlocuteur m’a expliqué que cela dépendrait de la volonté de l’organisme bénéficiaire. Et il a conclu qu’il était assez étonné (traduire : « légèrement choqué ») qu’on puisse attendre un avantage d’un don.

Personnellement, si je suis amenée à effectuer des traductions bénévoles pour des organismes humanitaires, j’apprécie de pouvoir montrer ces exemples de mon travail et d’ajouter cette expérience à mes références.

J’estime qu’on ne travaille pas différemment selon qu’il s’agit d’un don ou d’une traduction achetée au prix fort. On fait les mêmes recherches, on se creuse la tête sur les mêmes difficultés, on y passe autant de temps, et le résultat a la même qualité que s’il était rémunéré.

Alors pourquoi ne pourrait-on pas retirer de ce geste une reconnaissance de professionnalisme ? Le don est-il plus noble si l’on n’en attend rien en retour ? Peut-être. Est-il plus efficace ? Pas du tout. Ce qui compte, c’est que ce service soit rendu. L’organisme qui n’a rien à débourser pour voir ses documents traduits peut consacrer ses fonds à son action d’aide. C’est ça qui est « bien ». Il ne lui en coûte rien de reconnaître la compétence du traducteur, par exemple en indiquant son nom sur le document. Encore une fois, il ne s’agit pas de mettre en avant le bénévolat mais le travail accompli.

Je trouve qu’imposer l’anonymat peut décourager nombre de dons : non seulement le fait de nommer le traducteur ne coûte rien au bénéficiaire, mais cela peut aider le traducteur à justifier d’une expérience, à afficher ses compétences et, pourquoi pas, à terme, à étoffer sa clientèle, à améliorer son revenu et à pouvoir se permettre de consacrer plus de temps à des actions bénévoles :-)

Pour résumer le fond de ma pensée, je dirais qu’à mon avis l’utilité du don réside dans le bénéfice qu’il apporte au destinataire, et le fait que le donateur puisse s’en prévaloir ne nuit aucunement au résultat.

Comment traduire « Supprimons les budgets de traduction » ?

Vendredi 28 mai 2010

Je me suis trouvée dernièrement dans une situation inédite (pour moi) et assez inconfortable. Traduisant un compte-rendu de réunion pour un organisme européen, je tombe sur un passage entier qui déclare en substance : « La traduction de toute la documentation du programme coûte trop cher, il faudrait laisser une bonne partie des documents en anglais. »

Je passe sur le budget total du programme en question, qui dépasse largement les 100 millions d’euros.

Je n’ai pu me défaire du sentiment que je contribuais à scier la branche sur laquelle j’étais assise, un peu comme les caissières de grand magasin qui vous orientent vers les caisses automatiques…

J’ai bien pensé à faire une note en livrant ma traduction, mais comme mon client est une agence, j’ai craint que ce ne soit pas très utile.

En fait, ça m’agace un tantinet que des gens sérieux comme ceux qui gèrent des programmes de financement européens considèrent que la traduction de leurs communications est un luxe dont on peut se passer pour faire des économies.

Pour le moment, je ne vois pas trop ce que je peux y faire, à mon petit niveau de traductrice indépendante. Sur mon site web (en cours de conception) je pense que je vais bien mettre en avant le principe selon lequel la traduction a la même valeur que la communication dans la langue d’origine. Pour qu’elle ait le même impact, il faut s’en donner les moyens.

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