Sophie Dinh

Mémoires de traduction : savoir les utiliser à bon escient

Par : Sophie Dinh - 15• avr•11

Cet article s’adresse plus particulièrement aux entreprises qui envisagent de mettre en place des mémoires de traduction internes, ou qui le font déjà.

Si vous êtes dans ce cas, votre objectif est peut-être de garantir la confidentialité de vos données en ne les laissant plus sortir de vos locaux, et de réduire votre budget de traduction en « récupérant » dans la mémoire tout ce qui a déjà été traduit. Vos traducteurs seront alors soit recrutés pour travailler en interne, soit toujours des fournisseurs extérieurs. Dans les deux cas, vous leur fournirez une mémoire contenant des phrases déjà traduites.

Principe de fonctionnement de la mémoire de traduction

La mémoire reconnaît des « chaînes de caractères » (phrases complètes ou membres de phrases) qui se ressemblent plus ou moins, et propose une ou plusieurs traductions déjà enregistrées.

Les avantages sont multiples :

  • Si une phrase a déjà été traduite, elle est rappelée automatiquement. D’où un gain de temps considérable. Et un gain financier si vous travaillez avec un traducteur externe qui applique un tarif dégressif selon le taux de ressemblance des phrases.
  • La mémoire peut aussi être le gardien de votre vocabulaire métier. Le traducteur s’en sert alors comme d’un référentiel qui l’aide à garantir l’homogénéité de vos communications.

L’inconvénient général, sur lequel j’attire votre attention aujourd’hui, c’est qu’une mémoire de traduction ne se prête pas à toutes les traductions.

Plus un texte est rédactionnel et créatif, et plus l’utilisation d’une mémoire risque de lui couper les ailes

Un tout petit peu de technique : la mémoire est obligée de « segmenter » votre texte en phrases ou en tronçons. Et traduire ces morceaux individuellement n’est pas une bonne méthode pour créer un discours fluide et percutant.

Là où la mémoire de traduction détecte des segments physiques, le traducteur professionnel voit un message et des idées. Il s’affranchit de la structure du texte pour restituer, dans sa langue, ce message et ces idées. Lui imposer le cadre rigide d’une mémoire de traduction entrave inévitablement sa créativité et peut nuire gravement au résultat et, par contrecoup, à votre image.

Mon conseil

Discutez avec votre traducteur de l’opportunité d’utiliser une mémoire de traduction. Décidez ensemble, en fonction des documents à traduire, de la meilleure façon de tirer parti de votre mémoire.

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3 commentaires

  1. Patricia Lane dit :

    Tu fais bien, Sophie, de souligner que les mémoires de traductions (TM) doivent être utilisées à bon escient, pour le bon type de projet. Faisant surtout du rédactionnel, utiliser un outil de TAO m’empêche autant de respirer que de porter une gaine.

    En revanche – et là je prends le risque de me faire houspiller, tant pis:

    1. Une TM utilisée et alimentée par plusieurs personnes doit être régulièrement vérifiée, entretenue et corrigée par un(e) chef de file compétent. Pourquoi? Parce que, souvent, les corrections finales apportées à un texte (relecture sur papier, relecture par tiers) ne sont pas reportées dans la TM (paresse, oubli, manque de temps). Moyennant quoi, des erreurs peuvent facilement être propagées.

    2. Appliquer ou accepter un tarif dégressif pour les phrases qui se ressemblent est une lubie relativement récente dans le métier de la traduction. Le client ne souhaite-t-il pas que:
    – le traducteur relise sa traduction, y compris ces phrases répétées, pour s’assurer que le document est complet, que tout est exact, que l’utilisation de ces phrases répétées fait du sens dans des contextes différents?
    – le traducteur fasse des corrections quand ces phrases répétées rendent un texte pénible à lire ou génèrent des erreurs sérieuses ou drôles?
    – les évolutions de terminologies au cours de mises à jour de manuels par exemple soient prises en compte aux bons endroits?
    Et ainsi de suite. Pourquoi alors accepter ou proposer une réduction alors que nous demeurons responsables de 100 % de la qualité de la traduction?

    L’avantage de la niche rédactionnelle-créative est que je n’ai pas encore eu à traiter ce genre de question et mes clients ne se préoccupent pas du tout des outils que j’utilise pour faire mon travail. Ouf!

    Mais dans d’autres secteurs, les professionnelles qui achètent un outil de TAO veulent optimiser *leur* travail et leur marge bénéficiaire, pas la réduire comme peau de chagrin en offrant des réductions grâce à l’outil qu’ils ont payé!

  2. Sophie Dinh dit :

    Merci Patricia pour ce complément d’information et de mise en garde. Je suis entièrement d’accord avec toi, sur tous les points.
    J’ai rencontré il y a quelques mois des acheteurs de traduction de grands groupes internationaux, dont l’un était précisément en train de mettre en place une mémoire de traduction interne. Sur le moment, j’ai été impressionnée de sa connaissance du processus de traduction. Mais je ne suis pas sûre qu’il ait eu conscience des précautions à prendre pour garantir la qualité rédactionnelle de tous ses documents, y compris marketing. Ce qui m’a inspiré ce billet.

  3. […] utilisés, ils peuvent nuire à la qualité des documents traduits. (NDRL : Sophie avait écrit un billet sur ce […]

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